Une jeune femme s’est ruée sur Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE) lors d’une conférence de presse de ce dernier mercredi au siège de l’institution à Francfort, conduisant à une brève interruption de la manifestation.

La femme âgée d’une vingtaine d’années, qui s’était mêlée au public de journalistes, a grimpé sur la table devant M. Draghi en scandant an anglais «arrêtez la dictature de la BCE» (»end the ECB dictatorship»), un slogan qu’elle arborait aussi sur son t-shirt, tout en lançant des confettis, a constaté un journaliste de l’AFP présent.

La conférence de presse a été interrompue pendant quelques minutes et la jeune femme écartée. La conférence a ensuite repris son cours normal, sans que M. Draghi y fasse à nouveau allusion, si ce n’est pour proposer de «rattraper le temps perdu» en la prolongeant un peu à la fin.

La BCE est souvent vue comme un artisan majeur des politiques d’austérité à l’oeuvre dans plusieurs pays d’Europe, et en butte à de sévères critiques. L’inauguration de son nouveau siège à Francfort a donné lieu le mois dernier à d’importantes manifestations anti-austérité et anti-capitalistes, qui ont réuni des miliers de personnes et ont dégénéré en actes de violences par moments.

Les procédures de sécurité pour pénétrer dans le bâtiment de la BCE sont très strictes, et aucune personne non inscrite au préalable n’est normalement autorisée à assister à la conférence de presse, qui se tient toutes les six semaines.

Couper court aux spéculations naissantes

Le président de la BCE Mario Draghi s’est employé mercredi à couper court aux spéculations naissantes sur un arrêt prématuré des rachats de dette de la banque centrale, qu’il entend mener à bien «pleinement» et dont il a salué «l’efficacité».

«Il est clair que les mesures de politique monétaire que nous avons mises en place sont efficaces», a dit M. Draghi lors d’une conférence de presse à Francfort.

Depuis le 9 mars, la Banque centrale européenne rachète en masse de la dette publique et privée afin de relancer l’économie et les prix en zone euro. Elle s’est fixé pour objectif de débourser 60 milliards d’euros par mois au moins d’ici septembre 2016, soit a minima 1.140 milliards.

La BCE va se concentrer sur «la pleine mise en oeuvre» de ce programme, a martelé l’Italien, alors que les premiers succès de ce «QE» ont alimenté des spéculations sur un arrêt prématuré ou une réduction de la voilure.

«Les rachats sont prévus pour durer jusqu’à fin septembre 2016, et au moins jusqu’à ce que la trajectoire de l’inflation soit en ligne avec notre objectif» d’un peu moins de 2%, a expliqué M. Draghi, rejetant comme «prématurées» toutes les spéculations sur un emballement de l’inflation - qui pointait à -0,1% sur un an en zone euro en mars - et la nécessité d’ajuster le programme.

«Je suis assez surpris de l’attention suscitée par une sortie prématurée du programme», a dit le président de l’institution monétaire, «alors que nous sommes dans ce programme depuis un mois». Il a comparé le débat à «se demander au bout d’un kilomètre si le marathon est bientôt fini».

Il a en outre rejeté l’hypothèse, souvent évoquée sur les marchés, d’une pénurie d’obligations à acheter.

«Les inquiétudes sur une pénurie d’obligations souveraines sont un peu exagérées», a dit M. Draghi, «nous ne voyons aucun problème» de ce côté-là. La BCE a acheté en mars pour 61 milliards d’euros de titres, pour l’essentiel des obligations d’Etat.

La BCE laisse son principal taux directeur à 0,05%

La Banque centrale européenne (BCE) a sans surprise laissé inchangé mercredi son principal taux directeur à 0,05%, le plus bas niveau historique auquel il avait été amené en septembre, a annoncé un porte-parole.

L’institution monétaire de Francfort n’a pas modifié non plus son taux de prêt marginal, abaissé à 0,3% en septembre, ni son taux sur les dépôts à très court terme, porté en territoire négatif pour la première fois de son histoire en juin et qui stationne désormais à -0,2%.

Les observateurs n’attendaient aucune modification de ces taux, qui ne peuvent de toute façon guère aller plus bas. Toute hausse était par ailleurs exclue, alors que la Banque centrale cherche par tous les moyens à relancer la très faible dynamique des prix en zone euro.

Pour ce faire, la BCE a lancé le 9 mars un vaste programme de rachats de dettes publiques et privées destiné à redynamiser l’économie et faire repartir l’inflation. Elle s’est fixé pour objectif de débourser 60 milliards d’euros par mois au moins d’ici septembre 2016, soit a minima 1.140 milliards.

En mars, l’institution a tenu son pari en rachetant pour quelque 61 milliards d’euros d’obligations. Un succès qui alimente déjà des spéculations sur un possible arrêt ou ralentissement prématuré de ce programme.