Google est accusé de ruiner une PME romande en un clic

L’histoire

C’est l’appel à l’aide sur les réseaux sociaux d’un petit livreur de produits issus de l’agriculture durable, en pleine croissance. Vendredi, Franck Vidal, serial entrepreneur et cofondateur du site Traiteurbio.ch, a publié sur LinkedIn un long message pour dire tout le mal qu’il pensait de l’hégémonie Google. En substance, son texte débute ainsi: «Depuis bientôt une semaine à Lausanne, notre service de livraison d’apéritifs et de repas pour entreprises ne peut plus prendre de nouvelles commandes, et risque de devoir licencier, à cause du géant Google qui bloque notre vitrine internet, la considérant comme étant un site malveillant.» Une gaffe du moteur de recherche américain, affirme Franck Vidal.

Explications. «Nous avons investi environ 10 000 francs en janvier pour une campagne marketing spéciale. Son lancement a été un tel succès que notre page web a connu un pic de visites, soit une fréquentation de près de 300 internautes par jour», nous raconte-t-il au téléphone. Parmi les curieux en ligne: de potentiels clients, mais aussi des pirates informatiques. Ces derniers déposent un virus associé aux services de Google.

Les automates-renifleurs de la multinationale américaine, pense Franck Vidal, s’aperçoivent vite de la menace. Et bloquent, pour le bien des utilisateurs, l’accès à la plateforme infectée. Normal.

«Le problème est que le barrage persiste alors que nous avons réparé tous les dégâts», déplore l’entrepreneur, qui a tenté de se plaindre auprès des services de Google. En vain. «Rien n’est prévu dans les outils webmaster du moteur de recherche américain pour signaler ce genre de bug. Et leurs équipes à Zurich sont injoignables», résume-t-il.

Le responsable de la PME vaudoise en est donc réduit à attendre que les radars de la multinationale balaient à nouveau sa vitrine en ligne et corrigent l’évaluation qui en a été faite. «J’ai beau changer de nom le domaine en «bio-traiteur.ch», le problème demeure. Les gens ne peuvent plus du tout aller sur mes sites. C’est le serpent qui se mord la queue», s’emporte Franck Vidal, qui vient de racheter une énième marque, «traiteurlocal.ch», dans l’espoir de continuer à faire tourner ses cuisines et payer les salaires de ses collaborateurs.

Se pourrait-il que le problème ne soit pas lié à Google? Tous les autres navigateurs et les moteurs de recherche alternatifs que nous avons testés refusent aussi l’accès à Traiteurbio.ch.

Pour l’heure, les activités de Franck Vidal sont perturbées au point que la situation, si elle n’est pas réglée rapidement, pourrait engendrer de sérieux dégâts économiques.

Contactés vendredi matin par courriel et par téléphone, les chargés de communication de Google ont pris acte du contexte. Et nous ont répondu, en toute fin de journée, de la manière suivante: «Merci beaucoup pour votre demande. Nous investiguons actuellement ce cas et nous vous contacterons dès que possible.» Lundi, la multinationale a rappelé notre rédaction pour lui signifier qu’elle mettait à disposition des outils en ligne à destination des webmasters pour éviter ce type de désagrément. Et nous a fait suivre le complément d’information suivant: «Chez Google, notre première priorité est de protéger nos utilisateurs, raison pour laquelle nous disposons de plusieurs systèmes automatiques qui inspectent en permanence notre index à la recherche de sites potentiellement dangereux. Lorsque nous en découvrons, nous apposons une marque aux sites qui paraissent véhiculer du logiciel malveillant ou du phishing afin de protéger les utilisateurs qui pourraient les visiter. Nous travaillons également avec les webmasters dans le but de les aider à assurer la sécurité de leurs sites.»