L’importance du négoce de matières premières en Suisse a été sciemment exagérée dans le cadre d’une action de lobbying destinée à gonfler son poids et son importance politique, accuse l’ONG Public Eye dans un communiqué diffusé mardi 28 mars, au moment où s’ouvre le sommet qui réunit le secteur à Lausanne sous l’égide du Financial Times.

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Selon l’ONG, dont l’industrie des matières premières est la principale cible, le chiffre de 36’154 personnes employées directement par les entreprises de négoce est très supérieur à la réalité. Ce nombre figure dans le tout récent Commodity trading monitoring report réalisé par l’organisation patronale STSA, sous le label de l’université de Genève.

Le vrai chiffre des emplois dans le négoce serait de 7594 personnes seulement, selon Public Eye, qui s’appuie sur une liste de 400 sociétés de négoce qu’elle a recensées.

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La différence entre les deux chiffres s’explique par le fait que STSA utilise une autre liste, confidentielle celle-là, de 496 sociétés, et sur un sondage effectué auprès des employeurs, dont le taux de réponse a été assez faible (62 entreprises seulement ont répondu).

Selon Public Eye, ces données «brutes et confidentielles» ne peuvent être considérées comme fiables. Le chiffre des emplois, en particulier, aurait été délibérément gonflé «à des fins de lobbying». L’ONG souligne que l’auteure du rapport est employée par la STSA, et non par l’Université de Genève. Le rapport a aussi fait l’objet d’une médiatisation ciblée et graduelle, destinée à souligner la taille du secteur et son importance pour l’économie suisse.

Le lobby du secteur n'a pas tardé à réagir. «Les 50 principales sociétés de l’Arc lémanique connues et en grande majorité membres de STSA représentent déjà à elles seules plus de 7000 emplois», explique l'association, qui regroupe les principaux acteurs du négoce de matières premières en Suisse. Les critiques de Public Eye sous estiment donc significativement les emplois dans cette branche. 

STSA affirme en outre que «le processus qui a conduit à l’étude de l’Université de Genève a été parfaitement transparent. Public Eye a été directement associé à ce processus, a pu le commenter tout au long, et a notamment participé à l’élaboration du questionnaire. Nous les invitons donc à être plus constructifs.»

De son côté, l’Université de Genève défend l’usage de données confidentielles dans certains cas, lorsque les entreprises étudiées ne souhaitent pas être identifiées.

«Des contraintes de confidentialité existent pour des données qui émanent des administrations ou même des offices de statistique, notamment lorsqu'il y a un risque d’identification», explique son responsable de la communication Marco Cattaneo.

«Dans le cas particulier, et pour garantir un bon taux de participation, l’IREG [Institut de recherche appliquée en économie et gestion] et la SRIC Foundation [ndlr: Swiss research institute on commodities, qui a publié l’étude] se sont engagés à traiter les données de l’enquête de manière confidentielle, y compris vis-à-vis de la STSA qui n’y a pas eu accès, ajoute Marco Cattaneo dans un courriel adressé au Temps. A noter qu’il s'agit d’une première enquête, un «ballon d’essai» pour mieux appréhender ce secteur.»

Il ajoute que le SRIC «n’a pas de lien structurel avec l’Université de Genève», même si son conseil de fondation est présidé par son recteur, et que l’institut obéit à un «code éthique exigeant».


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