Plan de sauvetage

Une ponction sur les dépôts bancaires ébranle Chypre

La taxe fait partie du plan d’aide de 10 milliards négocié samedi par la troïka. Elle rapportera 5,8 milliards d’euros et vise surtout les capitaux russes déposés dans des banques chypriotes

C’est une semaine de grosse incertitude qui plane sur Chypre. Le parlement se réunit ce lundi – la séance a été reportée in extremis d’un jour – pour examiner le plan de sauvetage qui a été négocié dans la nuit de vendredi à samedi à Bruxelles. Il prévoit notamment un prêt de 10 milliards d’euros de l’Union européenne ainsi qu’une taxe inédite et exceptionnelle sur les dépôts bancaires. Une nécessité pour le gouvernement, une ponction illégale et une trahison pour l’opposition, cette mesure qui devrait rapporter 5,8 milliards d’euros ne passerait pas la rampe. Le Disy, principal parti de l’alliance gouvernementale dirigé par Nicos Anastasiades, ne dispose que de 20 sur 56 sièges au parlement. Ses alliés se disent choqués et doivent encore décider s’ils vont cautionner le plan.

La taxe sur les dépôts bancaires – 6,75% sur les comptes jusqu’à 100 000 euros et 9,9% sur tout montant supérieur – a semé la panique chez les titulaires de comptes. Des milliers d’entre eux se sont précipités dès samedi matin vers des bancomats pour retirer leur argent. Sans succès. Les banques coopératives, les seules ouvertes samedi, ont fermé leurs guichets devant la foule des clients. Selon les autorités bancaires, les retraits n’affecteront pas la mise en œuvre de la taxe. Jour férié oblige, les banques seront fermées ce lundi. La presse chypriote n’exclut pas qu’elles le soient également mardi pour prévenir des retraits massifs.

32 milliards d’euros russes

Pour l’heure, il n’y a que le Royaume-Uni qui a rassuré ses quelque 3000 nationaux, militaires et fonctionnaires, en poste à Chypre. Le ministre des Finances, George Osborne, a annoncé dimanche que Londres allait leur verser des compensations au prélèvement de cette taxe.

En réalité, la taxe conçue à Bruxelles par la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) vise surtout les clients russes, particuliers et banques, qui, selon diverses sources, auraient déposé près de 30 milliards d’euros à Chypre. L’île méditerranéenne s’est forgé la réputation de paradis fiscal pour fonds russes et pétrodollars du Golfe.

L’UE soupçonne les clients russes d’utiliser le centre financier chypriote pour blanchir de l’argent sale. Le nouveau ministre des Finances chypriote, Michael Sarris, se rendra mardi à Moscou pour justifier la taxe auprès des banquiers russes. Il rencontrera aussi les autorités pour renégocier les conditions d’un prêt de 2,5 milliards d’euros consenti l’an dernier. Il demandera l’allongement du délai du remboursement ainsi qu’une baisse du taux d’intérêt, actuellement à 4,5%.

Conséquence grecque

Comment en est-on arrivé là? Le plan de restructuration de la dette grecque négocié l’an dernier a frappé les banques chypriotes de plein fouet. L’opération leur a coûté 4,5 milliards d’euros. Deux grands établissements ont alors eu besoin d’être recapitalisés, comme tant d’autres banques européennes. L’Etat, ne disposant pas de réserves, a lancé un appel à l’UE. C’était en juin 2012.

Le gouvernement de l’époque a en même temps laissé pourrir la situation en négociant un prêt auprès de Moscou. Par la suite, il est revenu frapper à la porte de l’UE, qui a imposé de nombreuses conditions. Les négociations se sont débloquées seulement le mois dernier, après l’arrivée d’une nouvelle coalition au pouvoir à Nicosie. Au lendemain de son élection, le nouveau président affirmait qu’il était disposé à signer rapidement un accord avec la troïka. De son côté, l’Eurogroupe (ministres des Finances de la zone euro) s’est fixé à fin mars le délai pour finaliser un plan d’aide. Au départ, il était question de 17 milliards d’euros. Le montant a été ramené samedi à 10 milliards. La taxe sur les dépôts est censée financer le reste. Depuis samedi, le gouvernement ne cesse de dire qu’il n’a pas d’autre choix.

Publicité