Relance

Une présidentielle assurée de creuser les déficits

Acquis controversé du quinquennat Hollande, le redressement relatif des finances publiques françaises est clairement menacé

François Hollande et son ministre des finances Michel Sapin brandissent ce chiffre comme un succès: même avec un taux de croissance en repli pour 2016 (1,4% au lieu de 1,5%), le déficit public de la France devrait se situer cette année à 3,3% du PIB.

C’est du moins ce que l’on peut lire dans le projet de loi de finances rectificatif présenté la semaine dernière. Car le Haut conseil des finances publiques, lui, est moins serein: «L’ampleur des sous-budgetisation de la loi de finance initiale a atteint cette année des sommets» s’inquiétait en septembre cet organisme indépendant mis sur pied, comme dans tous les pays de la zone euro, dans le cadre du «pacte budgétaire européen». A preuve: sept milliards d’euros de crédits nouveaux ont été annoncés, en particulier pour financer la «prime d’activité» crée en janvier pour les travailleurs pauvres: 2,5 millions de foyers en bénéficieront cette année au lieu des 2 millions initialement prévus.

Vers un déficit de plus de 3 % en 2017

Le plus préoccupant, toutefois, est ce qui risque de se passer en 2017. Surtout si le candidat désigné pour la primaire de la droite l’emporte. Tandis que le programme d’Alain Juppé prévoit un déficit à hauteur de 3,4% du PIB (donc au-dessus des 3% des critères de Maastricht que François Hollande s’était engagé à respecter à l’issue de son quinquennat), celui du favori François Fillon explose les coutures. Sa combinaison d’une forte baisse des charges pour les entreprises, de la suppression promise de l’impôt sur la fortune, et d’un abaissement de la fiscalité des ménages amputeront sérieusement les recettes de l’Etat, tandis que les suppressions d’emplois publics seront, elles, étalées sur cinq ans. Résultat: une prévision de déficit 2017 située entre 4,2% et 4,7% du PIB, à situation économique constante. Sachant que la perspective d’une brusque remontée des taux d’intérêt, et d’une diminution consécutive de l’investissement, compliquerait encore plus la donne.

Sur le plan politique, ce déséquilibre budgétaire annoncé est justifié au nom du choc indispensable pour… retrouver le chemin de la croissance comme cela a souvent été promis, par les gouvernements de droite comme de gauche. Mais au prix d’une amusante ironie: sauf revirement complet, c’est le candidat de la «gauche de gouvernement» (François Hollande qui se prononcera début décembre, ou le premier ministre Manuel Valls si le président renonce) qui se retrouverait début 2017 à défendre l’orthodoxie des comptes publics à Bruxelles, alors que leurs adversaires de droite préconisent le dérapage. Plus ironique encore: c’est le commissaire (socialiste) Français chargé des affaires économiques Pierre Moscovici qui fait désormais la morale budgétaire à Paris. Lui qui, en 2013, se vit sermonner par Bruxelles pour déficit excessif…

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