Diagnostic

Une puce et une goutte de sang pour connaître en dix minutes son état de santé

Basée à Neuchâtel, la start-up One Drop Diagnostics vise en priorité les attaques cardiaques. Les ventes devraient démarrer dès 2016

Le diagnostic médical «au lit du patient» est un domaine de ­recherche très porteur depuis ­plusieurs années. Des sociétés comme Abbott, Roche Diagnostics ou Novartis y travaillent. Des start-up également, à l’exemple de Diagnostics For All ou de Biocartis, à Lausanne. Une société neuchâteloise a annoncé s’être aussi lancée sur ce marché. Il s’agit de One Drop Diagnostics, récemment installée dans l’incubateur Neode.

Son système, en phase d’industrialisation, est en voie d’être ­validée par les autorités de surveillance européennes pour être commercialisé. «Une goutte de sang, déposée sur une puce microfluidique qu’on insère ensuite dans un dispositif médical por­table, permettra de confirmer en moins de dix minutes une attaque cardiaque et détectera certains cancers, infections ou allergies», explique Luc Gervais, un ingénieur en micro et nanotechnologie, cofondateur de One Drop Diagnostics au côté du biophysicien Joerg Ziegler. La société a été fondée en 2012 mais cela fait six ans que nous travaillons sur le projet. Des centaines de puces microfluidiques ont déjà été testées.»

Ce laboratoire miniature – plus petit qu’une carte de crédit – est capable de détecter des centaines de protéines contenues dans le sang. «Nous obtenons la même performance en termes de fiabilité et de sensibilité qu’un test sanguin traditionnel effectué par un laboratoire centralisé, affirme Luc Gervais. Nous pouvons par exemple tester l’anémie, détecter des stupéfiants, des maladies infectieuses ou certains cancers.» Pour démarrer, la start-up souhaite se concentrer sur plusieurs protéines révélatrices d’une attaque cardiaque.

Protégé par plusieurs brevets, le laboratoire portable de One Drop Diagnostics a l’avantage d’être automatique. Aucune préparation préalable de l’échantillon sanguin à analyser n’est nécessaire. La goutte de sang est déposée sur la puce, à usage unique. Celle-ci contient des valves, des pompes et des réactifs encapsulés. La goutte de sang est filtrée directement sur la puce. Puis le plasma sanguin est mis en contact avec les réactifs. «Tout est réalisé de façon passive et automatique par force capillaire», explique Luc Gervais. Quelques minutes après l’introduction de la puce dans le lecteur, celui-ci affiche ses résultats et les transmet via Wi-Fi ou bluetooth à un smartphone ou à un ordinateur.

Soutenue par la Commission pour la technologie et l’innovation, la start-up, qui compte sept collaborateurs, cherche désormais à lever des fonds externes d’environ 2 millions de francs d’ici à six mois. «Nous voulons nous concentrer sur le développement de produits et la propriété intellectuelle. Paral­lèlement, nous souhaitons travailler avec des sociétés pharmaceutiques et de diagnostic qui se chargeraient de la vente, du marketing et de la distribution. Des contacts ont déjà été pris avec une société qui pourrait coupler la vente de notre appareil à la commercialisation de ses médicaments.»

Les premières ventes devraient avoir lieu en 2016 et cibler un marché mondial des tests au lit du patient estimé cette année à 5,9 milliards de dollars, avec une croissance annuelle de 7%. «Nous espérons réaliser un chiffre d’affaires de 7,6 millions de francs en 2017 et de 23 millions environ en 2018», prévoit Luc Gervais, qui ­espère engager près de 50 collaborateurs ces cinq prochaines ­années.

«Nous obtenons la même performance en termes de fiabilité et de sensibilité qu’un test sanguin traditionnel»

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