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Fabrizio Petrillo, CEO d'AXA Suisse.
© Rainer Wolfsberger/Axa Winterthur

Retraites

«Une réforme de la prévoyance est possible dans les deux ans»

Le patron d’AXA Suisse Fabrizio Petrillo répond aux critiques des PME après le choc causé par sa sortie hors de l’assurance complète

AXA Suisse a annoncé le 10 avril dernier sa sortie du modèle d’assurance complète dans la prévoyance professionnelle. Les assurés se verront offrir une couverture contre les risques de décès et d’invalidité, mais il leur appartiendra de se protéger contre les risques des marchés financiers. Pour beaucoup de PME, c’est un choc.

AXA explique que l’assurance complète se traduit par une gestion des placements contenant très peu d’actions et finalement une performance considérablement plus basse que pour les solutions semi-autonomes. Ce n’est plus compétitif. Pour les PME clientes d’AXA, le changement interviendra à la fin décembre. Elles doivent choisir un nouveau modèle jusqu’à la fin novembre. Fabrizio Petrillo, directeur général d’AXA Suisse, répond aux critiques.

Le Temps: N’y a-t-il pas un grave problème pour le 2e pilier, celui d’une perte de confiance en raison de la réduction continue des prestations à cause des taux négatifs?

Fabrizio Petrillo: Tout à fait. Le public ne peut pas maintenir sa confiance avec une chute des prestations. C’est à la politique de s’expliquer. La réforme Berset prévoyait un système de compensation. Elle voulait maintenir le niveau des rentes. Un travail de conviction est nécessaire de la part de chacun, même des médias. Je reste optimiste.

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Si vous êtes optimiste, est-ce que cela signifie qu’une réforme de la prévoyance interviendra dans dix ans?

Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir, y compris pour la réforme de la fiscalité des entreprises, pour que la réforme de la prévoyance intervienne dans les deux ans. La nécessité d’une réforme de l’AVS et de la LPP est urgente et impérieuse et doit être poursuivie en parallèle.

D’autres assureurs vie restent fidèles à l’assurance complète. N’est-ce pas un signal étonnant de voir le leader abandonner le navire?

Nous ne quittons pas le navire. Nous avons transformé notre offre. Nous interprétons notre rôle de leader avec beaucoup d’humilité. Cette position nous oblige à être encore plus attentifs aux signaux du marché. Notre responsabilité nous oblige à présenter des solutions durables même si le marché ne nous suit pas. Je n’ai pas à commenter la stratégie des autres.

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Dans le passé, nous nous sommes plaints de l’inertie des politiciens dans la prévoyance. Plutôt que de se plaindre, il vaut mieux agir et modifier sa stratégie dans une optique constructive.

Les PME sont-elles déçues de votre sortie de l’assurance complète?

Non, au contraire. Les réactions sont favorables et soulignent le caractère courageux de notre décision. La plupart des clients ont compris nos motivations et considèrent notre offre alternative attrayante, compétitive et orientée vers l’avenir. Certaines critiques se sont toutefois fait entendre. Le marché se transforme. La plupart des clients ne cherchent pas refuge auprès d’une autre offre d’assurance complète, mais analysent les autres propositions de caisses semi-autonomes.

Quels types de critiques rencontrez-vous?

Nous sommes convaincus que, dans un contexte marqué par le changement, les solutions semi-autonomes constituent dans tous les cas la meilleure option possible pour nos clients. Nous avons donc décidé, chez AXA, de ne pas plus accorder de choix au client. Il est évident que cela ne plaît pas à tout le monde. C’est forcément suboptimal pour un groupe centré sur le client. Mais c’était la seule possibilité afin d’apporter 3,5 milliards de francs au titre de réserves supplémentaires aux fondations LPP responsables de notre solution semi-autonome. Le client disposera d’une fondation solide. Cette absence de choix paraît compréhensible.

Est-ce que votre solution semi-autonome est compétitive auprès des PME?

Depuis 2010, les solutions semi-autonomes se développent rapidement. L’année passée, nous avions 60% de nouvelles affaires dans ce domaine.

Les solutions semi-autonomes demandent plus d’explications. Les clients comparent les prix, à savoir les primes de risque, et constatent que nous sommes compétitifs, même si d’autres fondations ont des prix encore plus bas. Il faut prendre en compte l’ensemble de l’offre, notamment la solidité de la fondation. Le taux de couverture initial sera (calculé fin 2017) de 111%. Il est très rassurant. De plus, la fondation n’aura pas de rente à payer. Elle aura donc toute latitude pour procéder à des placements à haut rendement, en ayant la capacité de supporter une éventuelle crise financière.

Le changement aura lieu à la fin décembre. A partir de quel pourcentage de fidélité des clients serez-vous satisfaits?

Avec 100%, je serais vraiment content. Il est difficile d’avancer des prévisions avant octobre ou novembre, mais nous sommes très confiants. Notre objectif dépasse l’horizon à trois mois. Notre approche est à long terme. Dans les nouvelles affaires, nous enregistrons une augmentation de 80% dans les solutions semi-autonomes au premier semestre.

Comment expliquer cette hausse?

Plusieurs raisons conduisent à ce résultat. Le rendement des placements joue un rôle majeur. Notre savoir dans la gestion d’actifs devrait se traduire par une bonne performance à long terme. Mais c’est une combinaison de facteurs qui sera déterminante et non pas seulement le prix. Il faut tenir compte du rendement des placements, de la prime de risque et de la solidité des fondations ainsi que d’autres paramètres classiques, comme du taux de conversion du capital en rente. Nous essaierons de garder stable le taux de conversion dans notre fondation.

Quel taux de conversion allez-vous offrir dans le surobligatoire avec la fondation?

La majorité des assurés ont une partie de leur avoir de vieillesse dans le surobligatoire. Nous essayons de maintenir le taux à 6,8% pour l’obligatoire et 5,0% pour le surobligatoire. Ce dernier taux est durable compte tenu de la politique de placement plus axée sur les actions que l’on trouve dans les fondations semi-autonomes.

Votre décision de sortie de l’assurance complète est-elle définitive ou changerez-vous dans cinq ans?

Nous avons fait un choix définitif. Notre solution est sûre et offrira une meilleure performance pour le client. Je suis ce marché depuis plus de vingt ans. A l’époque, personne n’aurait imaginé un monde sans assurance complète. La crise financière, notamment à cause des taux bas, provoque ce changement majeur. Les taux d’intérêt à dix ans sur les obligations de la confédération sont négatifs. C’est incroyable!

Le niveau élevé du taux de conversion et les bas taux d’intérêt pénalisent l’assurance complète. Mais quels risques menacent les solutions semi-autonomes?

La solidité et la qualité du système de prévoyance suisse sont très élevées en comparaison internationale. Le public n’a aucune crainte à avoir. Les caisses autonomes et semi-autonomes sont sûres, avec un taux de couverture en général très correct. Le plus grand risque porte sur la redistribution entre les générations du fait du taux de conversion.

Les Suisses ont refusé à deux reprises une baisse du taux de conversion. Il appartient aux politiciens, aux assureurs et aux caisses de pension d’expliquer pourquoi ce geste est crucial pour garantir les retraites de chacun.

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