S'étant visiblement montré trop optimiste quant à une reprise de l'économie, le groupe schaffhousois Georg Fischer est contraint à de nouvelles mesures de réduction des coûts qui se traduiront par d'autres suppressions d'emplois. Conglomérat industriel centré sur les machines et la sous-traitance pour le secteur automobile, il a communiqué mercredi un résultat semestriel dans le sillage des attentes du marché.

Georg Fischer s'est toutefois montré déçu par les perspectives exprimées ainsi que par l'effondrement de la demande de sa filiale genevoise Agie Charmilles. Leader mondial des machines d'usinage par étincelage, la société genevoise clôture le 1er semestre 2003 par une perte nette de 14,4 millions de francs et par un chiffre d'affaires en recul de 19%. Georg Fischer a en revanche amélioré son bénéfice de 40% à 7 millions de francs au 1er semestre pour un chiffre d'affaires en recul de 8% à 1,59 milliard. Et le groupe schaffhousois table sur une légère amélioration du bénéfice opérationnel au deuxième semestre «même en cas de stagnation conjoncturelle», mais le résultat sera obéré par des charges de restructuration sans que le nombre d'emplois supprimés ait été précisé.

Plus inquiétant, alors que nombre d'économistes tablent encore sur une reprise de l'économie pour la fin de l'année 2003, les dirigeants de Georg Fischer ne s'attendent, «même pour 2004, à aucune reprise significative sur leurs principaux marchés, que sont l'Europe et les Etats-Unis».

La visibilité n'est d'ailleurs guère meilleure pour le groupe Sulzer qui a pourtant communiqué hier une progression des entrées de commandes de 5% au premier semestre 2003 en monnaies locales. Si la direction s'attend à une nouvelle hausse des commandes au deuxième semestre, elle ne manque pas de souligner, elle aussi, que «aucune reprise durable de l'économie mondiale n'est en vue».

Or, l'industrie a la réputation d'être une activité hautement tributaire des cycles de l'économie. Les prévisions des conjoncturistes, qui tablent sur une reprise économique en 2004, voire à fin 2003, devront-elles donc être encore corrigées par les attentes pessimistes des industriels? Les avis des spécialistes sont partagés. Stefan Eitenmüller, conjoncturiste de l'Institut de recherches économiques BAK, à Bâle, estime d'abord que la croissance de l'industrie suisse (machines et électrotechnique) sera inférieure à celle du reste de l'économie ces prochaines années (voir tableau ci-dessus). Cette contre-performance s'explique à son gré par une exposition plus marquée que d'autres secteurs à la concurrence internationale et par une pression persistante sur les gains de productivité. «Dans une économie chère, la production industrielle n'est intéressante que dans les secteurs à forte valeur ajoutée. De plus, en raison des coûts du transport et des facteurs de proximité avec la clientèle, il vaut mieux produire là où se trouve la demande.»

Si le BAK a réduit, le mois dernier, ses prévisions de croissance pour l'économie suisse de 1% à 0,3% pour 2003 et de 2,1% à 1,5% pour 2004, il se montre moins pessimiste que le KOF, CS First Boston et le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco). Ces derniers tablent en effet sur une croissance nulle en 2003 et sur une progression comprise entre 0,8% (KOF) et 1,6% (Seco) en 2004.

Un avis non partagé

Peut-on dès lors encore parler de reprise en 2004? «Nous tablons sur une progression moyenne de l'économie de 1,5% l'an prochain. Et dès lors que le rythme de croissance est en hausse, il y aura reprise», juge Stefan Eitenmüller. Un point de vue que ne partage pas Alexander E. Kobler, responsable des études économiques sur la Suisse auprès de UBS à Zurich: «On peut parler de reprise dès lors que la croissance économique dépasse son potentiel, soit le rythme le plus élevé ne générant pas d'inflation. Or, la croissance potentielle est estimée à 1,7% en Suisse. Et pour 2004, UBS ne table que sur une hausse de 1,4% du PIB helvétique. On ne peut donc pas encore parler de reprise. Il faut attendre 2005.» A la différence du BAK, il prévoit en outre pour le secteur industriel une «croissance supérieure à la moyenne, compte tenu des restructurations réalisées».