Des prévisions pratiquement inchangées, dans un contexte d’incertitude extrême. Le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) entrevoit dans un communiqué publié jeudi une reprise rapide de l’économie suisse «après l’assouplissement progressif des mesures liées au coronavirus». Il anticipe une croissance annuelle du PIB de 3% en 2021. Ce chiffre n’a pas bougé depuis décembre.

En attendant ce redémarrage, le PIB devrait reculer de 1,5 à 2% au premier trimestre, selon le groupe d’experts qui a présenté ses estimations jeudi matin en vidéoconférence. En cause, le renforcement des mesures sanitaires qui ont continué à plomber de nombreux secteurs ces derniers mois. «On ne devrait toutefois pas assister à un repli de la même ampleur que celui survenu au printemps 2020», précisent-ils.

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Quelques «si»…

Tout dépendra ensuite de l’évolution épidémiologique. Si elle permet l’assouplissement des mesures, «l’économie domestique devrait relever très rapidement la tête». Les consommateurs verront leurs possibilités de dépenser augmenter, ce qui aura un effet positif sur les chiffres d’affaires des sociétés concernées. «Dans le même temps, l’industrie exportatrice devrait profiter de la reprise de la demande mondiale» et voir ses capacités de production exploitées à un niveau plus élevé.

Si ce scénario se réalise, le PIB pourrait dépasser, d’ici à la fin de l’année, son niveau d’avant la pandémie, tandis que le taux de chômage devrait retomber à 3,3% (3,6% en février). La reprise se poursuivrait en 2022 avec une croissance estimée par le Seco à 3,3% (prévisions de décembre: 3,1%), accompagnée par la sortie de crise progressive de secteurs particulièrement touchés, comme le tourisme international, et un recul du chômage à 3%.

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… et un grand «mais»

Il y a toutefois un grand «mais» concernant l’évolution de la pandémie. Si des campagnes de vaccination rapides pourraient accélérer la reprise en favorisant la consommation privée, de nouvelles mesures «très restrictives en Suisse ou chez des partenaires commerciaux» pourraient la retarder sensiblement.

La pandémie pourrait même faire sentir ses effets jusqu’en 2022 «dans l’hypothèse où les variants du virus devaient affaiblir les vaccins existants». Des effets économiques de second tour pourraient aussi être plus importants que prévu et «se traduire par la suppression massive d’emplois et l’insolvabilité de nombreuses entreprises». Les risques liés à l’augmentation de la dette publique et privée se trouveraient eux aussi aggravés.

Outre la crise sanitaire, d’autres risques pèsent sur l’économie: conflits commerciaux, relations entre la Suisse et l’Union européenne ou encore correction dans le secteur de l’immobilier. Selon le scénario retenu par le Seco, parmi quatre proposés, la perte cumulée de PIB depuis décembre 2019 pourrait atteindre 57 à 132 milliards de francs d’ici à fin 2022.

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Dépenses publiques fortes, mais temporaires

«Pour 2021, je suis plus optimiste que le Seco», commente Claude Maurer, économiste chez Credit Suisse. Il table cette année sur une croissance du PIB de 3,5%, pour les mêmes raisons que celles avancées par l’organisme public: exportations vers les Etats-Unis et l’Asie, et consommation privée en hausse. «Les gens auront envie de s’offrir ce dont ils ont été privés ces derniers mois.»

Il se montre en revanche plus prudent pour 2022, avec une hausse contenue à 2%. D’une part, la consommation privée devrait ralentir une fois le phénomène de rattrapage passé. D’autre part, les dépenses publiques vont diminuer une fois la pandémie passée. «Actuellement, l’Etat engage des sommes très importantes dans les vaccins, les tests, le personnel nécessaire pour gérer toutes les questions posées par la pandémie. Mais ce sont des frais temporaires qui vont disparaître aussi vite qu’ils sont apparus.»

Les dernières prévisions de BAK Economics et du KOF témoignent elles aussi de l’incertitude qui prévaut en matière de prévisions conjoncturelles. Les deux instituts avancent une croissance de respectivement 2,9% et 3,2% pour 2021, et de 3,6% et 2,6% pour 2022.