Hormis le fait que Singapour ne subit pas (encore?) l'assaut de l'Union européenne en matière de taxation de l'épargne privée, la cité-Etat présente une carte de visite tout à fait honorable à des investisseurs européens peu enclins à accepter la transparence fiscale, constate Michel Dérobert, du Groupement des banquiers privés. Elle n'est pas citée dans la liste du GAFI sur le blanchiment d'argent sale. Mieux, à l'exception de l'affaire Barings, la réputation de la place financière est solide. Le centre de stabilité financière l'a classée comme un centre off-shore bien réglementé. De quoi rassurer une clientèle potentielle.

Dans la foulée de ce premier point, Singapour est un lieu très sûr. La qualité de vie y est excellente (propreté, haut niveau de l'enseignement, etc.), malgré un certain ennui qui y règne. Mais les autorités tentent de remédier à cet inconvénient en étoffant l'offre culturelle.

Son emplacement géographique est relativement idéal. Le décalage horaire avec le Vieux Continent reste modéré (sept heures), note Jacques Rossier. Un client européen peut converser avec son banquier à l'autre bout de la planète sans devoir se lever avant l'aube. De surcroît, à défaut d'être une belle ville, Singapour abrite une végétation magnifique et les pays alentours (Malaisie, Indonésie, Thaïlande) sont des lieux de villégiature très appréciés des Européens, du moins lorsque la situation politique reste calme. L'investisseur étranger qui aurait rapatrié ses fonds sur la petite île pourrait joindre l'utile à l'agréable, en profitant d'une visite à sa banque pour passer quelques jours dans la région.

Quant à celui qui hésite à entamer un voyage de plus de douze heures, il peut toujours se rabattre sur Internet, qui permet autant de contrôler ses positions que de passer des ordres à distance. Ce nouvel outil développé par les banques réduit largement la nécessité de rencontrer physiquement son gérant.

Par mer, par air ou par Internet, le client a l'assurance de traiter avec un interlocuteur anglophone, l'anglais constituant une des langues officielles de Singapour. La législation bancaire s'inspire d'ailleurs de celle en vigueur dans les pays anglo-saxons.

Last but not least, Singapour dispose d'un avantage par rapport à Hongkong, l'autre pôle financier asiatique qui bénéficie du secret bancaire: c'est un Etat indépendant, rappelle Rolf Gerber. Hongkong a été rétrocédé à la Chine, ce qui a entraîné des rapatriements sur Singapour. Même si la Chine laisse une large marge de manœuvre à sa nouvelle province, la menace plane toujours.