Cinq millions d’emplois à risque dans les pays développés. 47% des postes aux Etats-Unis… Depuis le début de la semaine, à Davos, les études se sont multipliées pour dire les dangers qui pèsent le marché du travail alors que l’intelligence artificielle et les robots ne cessent de progresser.

La quatrième révolution industrielle créera-t-elle plus d’emplois qu’elle n’en détruira? UBS, mardi, exprimait déjà des craintes. «Les emplois peu qualifiés sont à risque et ces changements pourraient creuser les inégalités», a expliqué Axel Weber, président de la grande banque suisse. Pour Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie très enclin au catastrophisme, «par le passé, les vagues d’innovation ont créé de nouveaux métiers, mais rien ne prouve que ça se reproduira!»

Rencontré en marge d’une conférence, Philipp Jennings, président du syndicat UNI Global, représentant le secteur des services, s’est dit ravi que le thème de l’emploi soit au cœur de toutes les discussions. «Nous avons essayé d’attirer l’attention sur ce sujet et les conséquences des progrès technologiques depuis des années. Il ne s’agit pas seulement d’un épisode, qui concerne par exemple la gouvernance d’internet, mais que tous ces changements auront un impact global sur la façon dont l’économie fonctionne», a ajouté le responsable. Il voit ceci comme un triangle des Bermudes, dont la technologie, le chômage et la cohésion sociale forment les trois parties.

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Les progrès technologiques pousseront-ils vers un monde sans travail? La préoccupation provient notamment de la digitalisation de toute l’économie qui devrait bientôt laisser place à la robotisation. «Le but du futur a toujours été le plein-emploi, explique Dileep Georges de la start-up Vicarious qui s’est donné pour mission de concevoir la prochaine génération d’algorithme pour l’intelligence artificielle. Mais si nous parvenons à créer des machines aussi intelligentes que nous, elles feront le travail à notre place». C’est le moment où l’homme va se retrouver face à une grande question, «que faire d’un temps de loisir désormais illimité?», selon Eryk Brynjolfsson du MIT.

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Ce chômage technologique amène peu de réponses de la part des économistes qui s’avouent pour la plupart dépassés pour anticiper ce qu’il adviendra du marché du travail. Selon ce dernier, «nous assistons à un grand découplage avec plus de millionnaires mais le revenu médian est plus bas qu’il y a 20 ans. À la première révolution industrielle, nos aînés ont apporté des innovations comme éducation généralisée puis la sécurité sociale. Il faudra des nouvelles idées de ce type». Le revenu minimum de base devient un thème en vogue, notamment du côté de certains représentants de la Silicon Valley. Les Suisses voteront sur ce thème le 5 juin.

Reste que l’économie est dynamique et que rien ne permet de tout voir en noir. Comme le relève Eryk Brynjolfsson, «il n’y avait pas de pilote avant les avions, nous ne savons rien des métiers liés aux technologies à venir».