Un euro qui se ressaisit, des Bourses européennes et américaine qui dépriment, un président de la Réserve fédérale américaine (Fed) qui promet au Congrès d'intervenir rapidement et énergiquement s'il percevait des signes d'inflation… La semaine écoulée a été riche en événements.

Le plus marquant de ce côté de l'Atlantique a été le redressement spectaculaire de l'euro. Alors qu'il flirtait encore avec ses plus bas lundi dans la matinée à 1,014 dollar, accentuant la crainte d'une parité entre les deux monnaies, la devise européenne a bondi mardi à 1,04 dollar. Principal motif: l'indice du niveau de confiance des entrepreneurs allemands, publié par l'Institut de conjoncture munichois (Ifo), révélait une amélioration du climat des affaires meilleure que prévu. Du coup, on s'est mis à croire à une reprise en Europe et donc à une réduction de la différence de croissance entre le Nouveau et le Vieux Continent. Quatre jours plus tôt, Wim Duisenberg, président de la Banque centrale européenne, suggérait même qu'il envisagerait de relever les taux directeurs si la marche des affaires s'accélérait.

Toute la question est de savoir si cette inversion conjoncturelle entre les Etats-Unis et l'Europe, que l'on prévoit dès le second semestre de cette année, a commencé la semaine dernière. «La reprise manufacturière en Allemagne devrait s'étendre à toute l'Europe», estime Claude Morgenegg. Pourtant, l'économiste de la banque Bordier & Cie reste prudent dans ses objectifs: selon lui, d'ici 6 à 9 mois, l'euro ne devrait grimper qu'à 1,08 ou 1,1 dollar. Car les marchés doivent au préalable s'assurer du redressement de l'Europe et se convaincre d'une baisse future du dollar. Pour Claude Morgenegg, cette issue est inéluctable. Car le déficit commercial des Etats-Unis qui, en mai encore, a connu un niveau record par rapport à avril (21,3 milliards, +14,3%) pèsera tôt au tard sur le dollar.

Depuis quelques jours déjà, ce dernier est sous pression: il subit le contrecoup de la baisse de Wall Street depuis une semaine et des craintes d'un relèvement du principal taux directeur américain qui, selon Robert Lynch, cambiste de Paribas à New York, pourrait précipiter une correction brutale de la Bourse avec des sorties massives de capitaux des Etats-Unis vers d'autres places financières.

Toutefois à court terme, le gain de la devise européenne pourrait être remis en question, reconnaît Claude Morgenegg, si la Fed décidait de relever son taux en août ou en octobre. Jean-Claude Manini, économiste chez Darier Hentsch & Cie n'est pas cet avis: «Si la Fed le fait rapidement, ce sera très bien pour l'euro car le marché américain des actions perdrait de son attrait.» Les deux confrères s'accordent néanmoins à penser que le discours d'Alan Greenspan devant le Congrès jeudi est vraiment annonciateur d'un prochain resserrement monétaire. «La création d'emplois reste élevée aux Etats-Unis, la Fed peut craindre des tensions salariales», rappelle Claude Morgenegg.

On est bien loin du 30 juin. Ce jour-là, Alan Greenspan, président de la Fed, rassurait Wall Street. Il remontait le principal taux directeur d'un quart de point à 5% mais laissait entendre qu'il n'agirait plus ainsi de sitôt. La Bourse de New York jubilait. «Cet été, on pourra faire de sacrées affaires», se réjouissait un courtier.

Wall Street surévaluée

Mais rapidement, le marché américain a commencé à mettre en doute la volonté d'Alan Greenspan d'en rester là. Les analystes ont admis que la surchauffe de l'économie des Etats-Unis persistant, une nouvelle intervention de la Fed serait plus que probable. D'où, selon l'économiste de Bordier & Cie, des performances boursières moins élevées qu'on ne le pensait fin juin.

Mais même si le mois de juillet à Wall Street a déçu, «la Bourse américaine est surévaluée depuis plusieurs mois», avertit Jean-Claude Manini. On comprend mieux les craintes d'Alan Greenspan d'assister à l'émergence d'une bulle financière. Toutefois, l'économiste ne veut pas croire à l'éclatement de cette bulle: «Nous prenons le pari que les Etats-Unis vont ajuster en douceur leur économie. Le reste du monde aura ainsi le temps de retrouver le chemin de la croissance et de travailler sur des marchés financiers plus autonomes.»

Car, de l'avis général, Wall Street dicte la conduite des Bourses européennes. La déprime de ces dernières depuis quelques jours serait directement liée à celle de New York. Mais pour Michel Bernheim, spécialiste de l'Europe chez Ferrier Lullin & Cie SA, il ne faut pas dramatiser la baisse des marchés européens dont les opérateurs, influencés par Wall Street, prennent leurs bénéfices.