Sécurité informatique

Une société genevoise propose un lien quantique entre Genève et Lausanne

ID Quantique réalise une première mondiale avec un partenaire télécom

Genève et Lausanne sont reliées d’un point de vue quantique, serait-on tenté d’écrire. En effet, la société genevoise ID Quantique s’est associée à Colt Telecom afin d’offrir un service de transmission sécurisée basée sur la cryptographie quantique entre la place financière genevoise et un centre de calcul situé à environ 70 kilomètres. Un premier établissement financier du bout du lac utilise déjà ce service.

C’est un pas de géant pour l’entreprise, créée il y a dix ans sur cette vision: la cryptographie quantique va s’imposer dans la sécurité informatique. Le joli démonstrateur académique, développé à l’Université de Genève, permettait bien de distribuer des clés pour coder un message au moyen de photons (particules de lumières). Mais la réalité d’une spin-off, baptisée ID Quantique, diffère parfois de celle des laboratoires, a vite constaté le cofondateur et directeur de la société.

«Nous avons assez vite compris qu’il nous faudrait des produits à relativement court terme pour tenir, même si nous avons bénéficié d’une levée de fonds d’un million d’euros en 2004. C’est dans cet esprit que nous proposons des instruments scientifiques, des générateurs de nombres aléatoires (utilisés par exemple pour des jeux de loterie) et vendons également des solutions de chiffrement de réseau conventionnelles (basées sur les mathématiques)», explique Grégoire Ribordy, physicien de formation.

«La sécuritéa un prix»

Ce dernier rappelle que le discours a évolué. Avant les années 2000, la cryptographie quantique était une «sécurité absolue», aujourd’hui, c’est un maillon de plus dans la chaîne de la sécurité. Un maillon important mais qui a un prix – ce système coûte environ 25% de plus qu’un système classique – et des contraintes fortes, comme une distance maximale de 100 kilomètres et une ligne de fibre optique dédiée, pour éviter que le signal ne se perde.

«Cela fait partie des difficultés que nous avons rencontrées pour développer la société. Nous pensions par exemple que la sécurité n’avait pas de prix. Mais si, elle en a un», sourit Grégoire Ribordy dans ses locaux à Carouge, qui accueillent une petite vingtaine de collaborateurs. Après que le système ait été violé par un groupe de chercheurs norvégiens l’an dernier – «une expérience qui nous a permis de progresser», estime le physicien –, la PME s’ouvre de nouvelles perspectives avec ce lien quantique qui pourra être répliqué dans d’autres centres financiers. «Ce nouveau service permet aux clients de bénéficier d’une sécurité à long terme pour leurs transmissions de données à un prix abordable grâce au partage d’une fibre optique pour leurs transmissions quantiques», souligne Grégoire Ribordy.

Outre le domaine bancaire, ID Quantique imagine un potentiel dans certains services gouvernementaux et dans la transmission de données sensibles dans le secteur de la santé. «Pour l’heure, les professionnels de la santé ne sont pas encore portés sur cette question, mais la sécurité de l’information va finir par s’imposer, estime le patron de la société genevoise. Ce domaine est porteur, mais nous avons clairement sous-estimé le temps qu’il faut pour éduquer le marché.»

Si à son lancement, la société genevoise pensait courir un sprint, dix ans plus tard, elle constate qu’elle s’est engagée dans un marathon. La ligne d’arrivée est à l’horizon et cette première mondiale constitue un pas de plus dans sa direction.

Publicité