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Deux des trois frères et hommes d'affaires Gupta, Ajay et Atul, en compagnie de Duduzane Zuma, fils du président sud-africain Jacob Zuma, en mars 2011 à Johannesbourg.
© Gallo Images/City Press/Muntu Vilakazi

Justice

Une société lausannoise impliquée dans une transaction «pas claire» en Afrique du Sud

Privés de comptes bancaires, les frères Gupta, proches du président sud-africain Jacob Zuma, ont vendu deux mines de charbon à une société lausannoise. A un prête-nom? Pretoria a ouvert une enquête

Qui est Amin al-Zarooni? Cet homme discret, originaire de Dubaï et propriétaire d’une société lausannoise, Charles King SA, est-il un homme de paille des Gupta, trois frères originaires d’Inde qui ont fait fortune grâce à leur proximité avec le président sud-africain Jacob Zuma?

Mercredi, Oakbay, le holding des Gupta, a annoncé la vente de sa filiale Tegeta (deux mines de charbon et une portion d’un terminal portuaire en Afrique du Sud) à Charles King pour 3 milliards de rands (216 millions de francs).

Al-Zarooni est un homme d’affaires de Dubaï, qui a formé des joint-ventures avec des sociétés françaises, notamment les consultants en ingénierie Arep et Egis. Charles King, fondée en 2011 pour vendre des vêtements, n’a même pas de site internet. Installée rue de Bourg à Lausanne, cette société est dotée d’un capital de 100 000 francs. Comment a-t-elle pu financer le rachat de Tegeta? Le communiqué publié mercredi par Oakbay ne l’explique pas. Selon la presse sud-africaine, al-Zarooni aurait déjà prêté son nom à d’autres opérations réalisées par les Gupta pour s’implanter à Dubaï, où ils possèdent plusieurs sociétés et une luxueuse résidence.

«Quelque chose de pas clair»

Autre élément troublant: l’unique directeur de Charles King, Ronald Alfred Beau, opère, à la même adresse à Lausanne, un bureau de conseil financier, Beau HLB, cité dans les «Panama papers» pour le rôle d’intermédiaire qu’il a joué pour 11 sociétés basées à Panama et aux îles Vierges britanniques.

A ce sujet: Le scandale des «Panama Papers», secousse planétaire

Pour l’ex-ministre sud-africain des Finances Pravin Gordhan, c'est une évidence: «Il y a quelque chose de pas clair» dans la vente de Tegeta. Celle-ci intervient alors même que son successeur, Malusi Gigaba, vient d’ordonner une enquête sur les conditions d’achat de l’une des deux mines de Tegeta, celle d’Optimum.

Ironie de l’histoire, Optimum appartenait jusqu’en décembre 2015 à une autre société helvète, le groupe minier international Glencore, dirigé par le richissime Ivan Glasenberg, un Sud-Africain naturalisé Suisse. Glencore avait été forcé de revendre Optimum à Tegeta pour 157 millions de francs, sous la pression de la compagnie sud-africaine d’électricité Eskom.

Celle-ci avait notamment refusé de renégocier une amende de 159 millions de francs imposée à Glencore pour livraison de charbon de mauvaise qualité. Le ministre sud-africain des Mines, Mosebenzi Zwane, avait même accompagné les Gupta à une réunion avec Glencore en Suisse pour finaliser l’affaire. Tegeta avait obtenu, par des intermédiaires, une subvention d’Eskom pour le rachat d’Optimum et une réduction de 75% de l’amende.

Lire aussi: Les Gupta, la famille indienne qui fait trembler l’Afrique du Sud

Mais la situation des Gupta est devenue intenable. Suite à la fuite de près de 200 000 e-mails, la presse enchaîne les révélations sur le réseau de corruption qu’ils ont tissé, impliquant des ministres, gouverneurs de province, dirigeants d’entreprises publiques, sans oublier Duduzane Zuma, un fils du chef de l’Etat. «Ils seraient en train de s’adapter au changement dans le paysage politique», pense Mark Swilling, professeur à l’Université de Stellenbosch, cité par l’agence Bloomberg. Les frères peuvent de moins en moins compter sur le soutien du président sud-africain Jacob Zuma, lui-même affaibli.

Comptes bancaires fermés

Une autre raison explique la vente de Tegeta, tout comme celle, lundi, d’une chaîne de télévision et d’un quotidien que les Gupta ont cédé à l’ex-porte-parole de Jacob Zuma, Mzwanele Manyi, en finançant eux-mêmes l’opération. Fin août, la banque indienne Bank of Baroda va fermer tous leurs comptes bancaires. Les quatre grandes banques sud-africaines l’avaient déjà fait en mai 2016, en invoquant des transactions suspicieuses. «Celles-ci n’ont jamais été prouvées», souligne un communiqué d’Oakbay, qui justifie aussi la vente de Tegeta par le souci de préserver 7500 emplois.

Lire également:  Inquiétante Afrique du Sud… Une guerre civile programmée?

La balle est maintenant dans le camp de la Banque centrale sud-africaine – contrôlée par un proche de Jacob Zuma – qui doit encore approuver la transaction. «Je ne serais pas surpris que l’on découvre par la suite qu’il n’y a pas eu de réel transfert de propriété», note Daris Jonker, de la firme d’analyse de risque Eurasia Group, cité par l’agence Bloomberg. Les Gupta pourront continuer leurs affaires en Afrique du Sud, sous des prête-noms. A moins qu’ils ne préparent, tout simplement, leur sortie du pays.

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