Qui dit brevet pense protection juridique d'une idée ou d'une invention. En revanche, la plupart des entreprises n'ont pas conscience des renseignements économiques que l'on peut tirer de cette source de données. «Si une entreprise dépose un brevet au Brésil alors qu'elle n'est pas présente dans ce pays, c'est qu'elle vise ce marché», illustre Bernard Chapuis, directeur de Centredoc, une société neuchâteloise spécialisée dans la veille technologique et marketing. On peut aussi détecter quelles sont les tendances du moment, cela d'autant plus que les brevets ne portent pas forcément sur des innovations techniques. Ainsi, la protection de design de montres permet de voir quelles sont les nouvelles tendances en matière d'esthétique horlogère.

L'étude des brevets apporte aussi des informations concurrentielles cruciales aux entreprises qui se lancent dans un nouveau domaine. Avec les médicaments destinés aux diabétiques par exemple, les piqûres sont de plus en plus remplacées par d'autres modes d'administration, notamment l'inhalation. En regardant qui dépose des brevets, le fabricant d'inhalateurs va pouvoir identifier précisément ses concurrents: s'agit-il de ceux qui fabriquaient déjà les seringues, ou de nouvelles entreprises? Les éventuels codéposants d'un brevet permettent aussi de voir avec qui collaborent les concurrents.

Enfin, et contrairement aux publications scientifiques, les brevets indiquent l'intérêt économique d'une invention. Vu leur coût élevé, les demandes sont en effet réservées aux innovations qui ont un potentiel économique suffisant pour justifier de telles dépenses.

Reste à exploiter cette source de données, et c'est souvent là que le bât blesse. L'accès aux brevets est certes gratuit et peut se faire de façon assez directe par le biais d'Internet. Le problème est qu'ils sont souvent difficiles à lire et à décoder. De plus leurs titres sont souvent très lapidaires, du genre «système de sécurité pour freins». Résultat, la société en quête d'informations sera noyée sous une masse de brevets alors qu'elle s'intéresse à un domaine précis, celui des freins à disques pour camionnettes par exemple.

Les banques de données, elles, sont payantes et offrent en contrepartie une valeur ajoutée. Elles réécrivent notamment les titres pour les rendre plus descriptifs et résument le contenu des brevets, ce qui permet des recherches beaucoup plus précises. Revers de la médaille, elles sont onéreuses et souvent complexes à manier.

Ces problèmes sont particulièrement aigus pour les PME, qui manquent souvent de temps, de personnel et de moyens. «Nous nous sommes posé la question de savoir sous quelle forme proposer des services conviviaux, facilement utilisables et à des coûts acceptables», explique Bernard Chapuis. C'est ainsi que Centredoc a adapté pour les PME son portail RAPID (Remotely Accessible Patent Information Database), un service que la société neuchâteloise offre déjà depuis plusieurs années à de grandes entreprises comme Nestlé ou Metalor.

Intitulée RAPID premium, la version destinée aux PME technologiques est accessible dès 5000 francs. Centredoc est notamment partie du constat que les petites entreprises doivent avoir assez de temps pour exploiter efficacement les données recueillies. Donc, rien ne sert de leur apporter un volume d'informations trop lourd à digérer.

Quelle que soit la version utilisée, le portail RAPID est paramétré pour rechercher l'information sur tous les brevets susceptibles d'intéresser l'entreprise. De plus il est sécurisé et structuré selon les désirs du client: classement par entreprises, domaines d'activité ou autre. Appartenant à la société, le portail fonctionne ainsi à la fois comme une base de données sur mesure et un outil de recherche qui permet de se connecter à d'autres sources externes, afin de compléter ses informations en temps réel. Ainsi, il suffit de cliquer sur un brevet précis pour savoir que celui-ci vient d'être déposé aux Etats-Unis.