Les fans de foot ont désormais leur montre. Lancée en novembre par l'entreprise valaisanne Indtec, la Calcio Swiss s'habille du logo de Manchester, de la Juve ou du PSG. La montre, en plastique, est toujours la même, mais se distingue par son bracelet et sa lunette tournante aux couleurs des différents clubs. «Nous voulions une montre bon marché de qualité suisse. Mais c'est très difficile de lancer une nouvelle marque. C'est pourquoi nous entendons profiter de la notoriété qui entoure ces clubs prestigieux», indique Yves Balet, président du conseil d'administration d'Indtec et ancien vice-président du FC Sion.

La liste des clubs avec lesquels la société a déjà conclu des contrats de licence est longue: Olympique de Marseille, Real Madrid, Barcelone, Inter, Lazio, Stuttgart, Borussia Dortmund, Newcastle, pour ne citer que les plus prestigieux. Les Suisses ne sont pas en reste avec GC, Servette, YB, Sion, etc. Mais la société sédunoise produit également des montres aux couleurs des fédérations d'Italie, du Brésil, de Suisse, d'Allemagne, d'Espagne et de France. L'Angleterre et la Hollande ne devraient pas tarder à compléter la liste, précise Yves Balet.

«Nous avons déjà vendu près de 30 000 pièces depuis la date du lancement le 10 novembre», indique Ulrich Wüthrich, responsable de la distribution. La société prévoit d'en écouler 500 000 cette année et plus d'un million par la suite. Un objectif que les spécialistes estiment réalisable vu le gros potentiel du merchandising dans les stades de football. Manchester United, par exemple, a ainsi plus de 150 000 fans dans une vingtaine de pays.

Mais la société n'entend pas s'adresser qu'aux clubs. Vendue au détail 75 francs, la Calcio Swiss est actuellement disponible dans 70 points de vente helvétiques: des grands magasins (Placette, Jumbo), des commerces spécialisés ou des magasins de sport. D'ici à la fin de l'année, il y en aura 300, annonce Ulrich Wüthrich. Calcio Swiss sera en outre présente au prochain Salon de l'horlogerie à Bâle.

L'accent sera également mis sur la France, avec 400 points de vente prévus dans les supermarchés (Carrefour, Auchan, etc.), l'Italie et l'Espagne. Quant aux Etats-Unis, ils ne figurent pas au rang des priorités, relève Ulrich Wüthrich. Mais des opportunités pourraient se présenter par la suite avec la NBA ou la NHL, étant donné que le «soccer» n'a pas vraiment la cote outre-Atlantique.

Si l'Europe constitue le principal marché de Calcio Swiss, la société tient à son ancrage helvétique. «Toutes les pièces sont faites à Sion et à Isérables», assure Yves Balet. Le groupe occupe en Valais près de 120 personnes et dispose d'une petite usine à Maîche dans le département français du Doubs. Créée en 1987 et chapeautée par le holding Société de Finance et Technologie (SFT), Indtec fabrique 40 millions de mouvements de montres par an, destinés essentiellement au marché asiatique. C'est seulement à la fin de l'année dernière que la firme a décidé de lancer sa propre montre, la Calcio Swiss.

Va-t-on assister au même succès que la Swatch? La société sédunoise a quelques atouts. L'administrateur délégué et principal actionnaire d'Indtec, Victor Bruzzo, est ainsi un ancien directeur de production chez Swatch. Quant au responsable du marketing, Franz Sprecher, il est également issu du sérail Hayek. Sans compter qu'Indtec a bénéficié des conseils d'Ernst Thomke, le père spirituel de la Swatch. La Calcio Swiss a d'ailleurs l'ambition d'entrer en concurrence avec sa grande sœur. Utopique? Le combat s'annonce pour le moins inégal. Selon nos estimations, le groupe biennois a affiché en 1998 un volume de production de plus de 10 millions de pièces.

Qui plus est, Swatch s'intéresse aussi au marché du football. Mais Yves Balet est confiant: «Il y a encore un potentiel de développement. Manchester United a ainsi sept maillots et nous avons déjà produit quatre montres différentes pour l'Inter de Milan.» La société envisage également de produire cette année une montre qui combine l'affichage analogique et digital (chrono).

Une chose est sûre: les dirigeants d'Indtec n'entendent pas réitérer l'expérience d'Epoque Watch. Cette société, créée également en Valais en 1987, aspirait à concurrencer Swatch avec sa «montre-chaussette».

Mais l'aventure tournait court deux ans après: la société était mise en faillite et laissait une ardoise de près de 10 millions de francs.