«Pour une société pharmaceutique, le lancement d'un médicament sur le marché avec un jour d'avance représente un gain de 1 à 3 millions de dollars.» L'argumentation chiffrée d'Agostino Fede, fondateur et directeur de vizyo, se veut implacable. Un gain de temps en recherche et développement (R & D) permet à la fois une économie de coûts et une hausse du chiffre d'affaires. Quelles solutions existe-t-il pour raccourcir cette période d'élaboration d'un remède? Allant plus loin que le simple questionnement, l'équipe de la start-up genevoise vizyo tente d'y répondre. Rencontre.

L'aventure commence en février 2001. A l'époque, Agostino Fede voit ses derniers doutes dissipés par les conclusions d'une étude réalisée à sa demande par un étudiant en MBA («Master Business & Administration»). Il existe un marché pour son projet. L'homme compte sur une expérience acquise au cours d'une thèse de doctorat réalisée chez Hoffmann-La Roche avec le professeur Kurt Wüthrich, récent Prix Nobel de chimie, et durant ses années passées auprès d'Abbott, Bard Medica ou Covance, ses anciens employeurs. L'ancien étudiant du Poly de Zurich, appuyé par Fabio Valentini (ancien de Covance), croit à la création d'une plate-forme informatique, qu'il décrit comme un «hub centralisé», destinée à améliorer les relations entre les producteurs pharmaceutiques et les prestataires de services (laboratoires d'analyses, hôpitaux, cliniques…) durant la période de développement d'un médicament. Ce temps que les chercheurs dénomment la phase clinique.

«Le gain réalisé grâce au support technologique que nous développons se situe entre trois et douze mois», affirme le fondateur. Une économie sensible, alors que les coûts de R & D explosent – plus de 65 milliards de dollars par année. Les procédures, destinées à satisfaire les exigences renforcées de la Food & Drug Administration (FDA), l'autorité américaine, se multiplient. Et la validation de nouveaux remèdes diminue – 24 brevets ont été délivrés l'année passée par la FDA, contre 50 cinq ans auparavant.

Concept prometteur

En théorie, les chiffres présentés par Agostino Fede parlent pour son projet, qui doperait à terme la productivité des acteurs de la pharma. «Le marché existe, avec 1200 producteurs et plus de 600 prestataires de services, mais surtout avec environ 3500 médicaments en phase clinique», relève le Genevois d'adoption. A la fin 2001, la société d'étude américaine Gartner Group, consultante en technologies, estimait à 70% les chances de voir apparaître d'ici à 2003 des solutions dans le créneau choisi par vizyo. Au sein de la start-up genevoise, on mentionne l'existence d'un concept similaire à Boston, tout en estimant être en avance dans l'élaboration et en ambitionnant de créer un standard pour l'ensemble de l'industrie pharma.

Sur le papier, le projet proposé se veut lisible et simple. Sa conception se concrétise pas à pas. Après l'élaboration d'un prototype, la prochaine échéance prévoit la mise sur pied d'une version pilote destinée à un nombre restreint d'utilisateurs parmi les clients potentiels de vizyo. Pour ce faire, l'équipe s'est renforcée dans l'intervalle. Les deux fondateurs peuvent aujourd'hui compter sur les compétences de Jan Uygur (ancien de H & P et Logitech) pour le développement technologique et de Cendrine Jéquier pour la communication et le positionnement de la marque. Au-delà de leur savoir-faire, les derniers venus ont contribué au capital de démarrage. Cet argent a permis de commencer. Le reste du financement de la start-up pourrait prochainement se débloquer.

Au moment de quitter les locaux de vizyo, on note l'épaisse moquette verte, le style Empire du mobilier. On se rappelle les excuses présentées à l'arrivée pour le côté chic de bureaux sous-loués à une société aux activités pour l'heure bien plus lucratives. Car vizyo reste aujourd'hui une entreprise naissante, dont les idées représentent la principale richesse.