Silvio Berlusconi n'en démord pas. «Nous ne pouvons pas perdre la compagnie nationale», a-t-il répété il y a quelques jours. Alors que la Commission européenne a ouvert une enquête sur le prêt de 300 millions d'euros accordé à Alitalia par l'Etat italien -qui détient encore 49,9% du capital- pour éviter d'ici la fin de l'année la faillite de la compagnie aérienne, le président du Conseil cherche toujours à maintenir ses promesses électorales, à savoir redresser avec des capitaux privés nationaux une entreprise au bord du gouffre.

L'objectif semble tenir de la gageure tant les comptes de l'avionneur sont plombés (1,1 milliard de dette à la fin du mois de mai dernier). Alitalia continue de perdre près de trois millions d'euros par jour! Au début de l'année, en pleine campagne pour les législatives des 9 et 10 avril, le Cavaliere avait ainsi vivement critiqué l'hypothèse d'un rachat d'Alitalia par Air France-KLM en soutenant qu'il s'agissait d'une braderie et que la Péninsule devait conserver une indépendance aéronautique, notamment pour valoriser son secteur touristique.

Silvio Berlusconi avait même annoncé qu'il s'employait à mettre sur pied une alliance d'entrepreneurs locaux pour sauver Alitalia. Les syndicats avaient alors soutenu l'initiative, ce qui avait poussé Jean-Cyril Spinetta, le patron d'Air France-KLM, à battre en retraite.

Trois mois après le scrutin, le futur d'Alitalia s'écrit toujours dans le brouillard. L'administrateur-délégué de la banque Intesa San Paolo, Corrado Passera qui conseillait Air One, la première compagnie privée italienne, a été chargé par le gouvernement de trouver une solution d'ici le début du mois d'août.

Pour l'heure, seule quelques indiscrétions ont filtré concernant le plan de sauvetage prévu. Corrado Passera chercherait à réunir plusieurs investisseurs mettant chacun une somme minimale de 50 à 100 millions d'euros pour arriver à un plancher de 700 à 800 millions. Dans cette hypothèse, Air One apporterait en dotation ses appareils pour être intégrée avec Alitalia. L'intention de l'administrateur-délégué serait également de scinder en deux l'entreprise en créant une «bad company» regroupant toutes les activités déficitaires et endettées du groupe. La «Nuova Alitalia» devrait à l'inverse maintenir les secteurs rentables.

Mais le plan semble prévoir aussi une très forte réduction du personnel. Selon la presse transalpine, il pourrait y avoir entre 4000 et 10000 suppressions d'emplois. «Le plan n'a pas encore été dévoilé. Dans ces conditions, fournir des chiffres revient à jouer à la loterie», a tenté de rassurer le président d'Alitalia, Aristide Police. «Les chiffres sont prématurés», a insisté Corrado Passera, qui a ajouté, en allusion à la hausse du prix du kérosène, «c'est une phase difficile pour le secteur, mais ce n'est pas notre habitude de jeter l'éponge».

Les syndicats sont en tout cas sur le pied de guerre. L'ébauche du plan Passera fait apparaître, en termes d'emplois, des mesures beaucoup plus fortes que celles prévues par Air France-KLM (2100 suppressions) et qui avaient été durement repoussées par les mêmes organisations syndicales. L'Anpac, qui regroupe les pilotes, exige des «démentis officiels» et menace, en plein été, de bloquer tout le transport aérien italien.