Michael Hasenstab se moque de l'indice, d'autant plus facilement que sa performance le dépasse. Le rendement annuel du Templeton Global Fund (15% sur un an) est le double de l'indice de référence. Pour y parvenir, il se concentre uniquement sur les opportunités qui se présentent, dans les monnaies et les obligations, quitte à n'avoir aucune position dans un segment qu'il trouve trop cher, même s'il s'agit d'une grande région. «Je n'ai pas d'euro», déclare-t-il par exemple à Zurich lors d'une présentation. Il gère les 13 milliards sous sa responsabilité de façon très active. Ainsi, le fonds avait 36% en euros au début 2004, 14% en 2005 et il a maintenant 0%. En revanche, la partie asiatique a bondi de 32 à 45% du total.

Les opportunités ne cessent d'augmenter dans le monde, car les pays émergents ont compris l'importance des marchés obligataires dans le développement économique.

Le gérant aborde 2008 en recommandant les monnaies asiatiques. Toutefois, la mise en pratique de cette stratégie n'est pas facile. Plutôt que de se positionner sur les titres chinois, le gérant préfère d'autres idées, telles que la Malaisie ou l'Indonésie.

La capacité de l'Asie à échapper au fort ralentissement américain est largement débattue par les analystes. Ce découplage économique est une réalité qui s'est imposée depuis 2002, mais il n'est pas aussi fort que les gérants ne le supposent, selon l'expert.

Méfiance sur la théorie du découplage!

L'expert revient d'un voyage au Mexique, où la communauté industrielle se plaît à souligner la vigueur de l'économie. Mais le ralentissement débute à peine aux Etats-Unis, prévient-il. Les voisins ne vont le ressentir que plus tard en 2008. Les défauts de fonctionnement du système financier, surtout s'ils perduraient encore un ou deux trimestres, provoqueraient pourtant un sensible affaiblissement du crédit puis de l'emploi. Ce coup de frein déploierait ses effets bien au-delà des frontières des Etats-Unis. «Le monde est bien plus corrélé qu'on ne le dit», déclare-t-il. Le sort de l'Europe restera fortement lié à celui des Etats-Unis. Le manque de flexibilité des marchés européens viendra nous le rappeler, déclare-t-il.

La Chine parvient à échapper au virus parce qu'une nouvelle classe de consommateurs a émergé. Ce qui n'est pas le cas au Mexique. Mais un autre risque menace l'Empire du Milieu, la hausse des prix. Des producteurs de chaussures indonésiens avaient autrefois délocalisé en Chine, attirés par sa main-d'œuvre bon marché, mais ils reviennent en Indonésie. En outre, l'inflation des actifs immobiliers et financiers est insoutenable. Elle rappelle trop la bulle internet, selon le gérant. «Je me méfie quand tout le monde a le même argument qui voudrait qu'aucun événement désagréable ne se produise avant les Jeux olympiques», ajoute-t-il. Un krach boursier chinois réduirait fortement les bénéfices des banques chinoises et pénaliserait la consommation domestique.

Au plan mondial, la hausse de l'inflation est réelle mais se limite à l'alimentation. Michael Hasenstab ne partage pas les craintes de stagflation. «Quand la conjoncture faiblira, les prix se calmeront aussi.» Ce contexte conduit le gérant à jouer les monnaies asiatiques. Même le yen devrait s'apprécier, notamment si l'économie américaine entre en récession. L'expert est confiant dans les monnaies de Singapour, d'Indonésie et de Malaisie. Il est également très haussier sur le Brésil, dont le cycle économique est plus proche de la Chine que des Etats-Unis.

Sur le plan obligataire, il apprécie l'Indonésie. En Amérique latine, il est haussier sur les marchés du Mexique et du Brésil. En Europe, il surpondère les monnaies de la Pologne et de la Suède, un pays en pleine réforme.