Innovation

Une start-up biennoise révolutionne le lavage des mains

Neuf ans après avoir été créée, Smixin, qui propose une installation économe en eau, décolle enfin. Un cas d’école pour de nombreux entrepreneurs

En plein cœur de Bienne, la savonnerie Schnyder a cessé toute activité en 1989. A l’époque, une page de l’histoire industrielle de la ville se tournait. Trente ans plus tard, les mêmes locaux abritent une start-up qui pourrait en devenir une digne héritière. Smixin a ainsi développé un système de lavage des mains très novateur qui permet une économie de 90% d’eau, de 60% de savon et de 60% de papier pour se sécher les mains.

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Neuf ans après sa création, Smixin est enfin en train de décoller. Longtemps, elle n’a compté qu’un ingénieur, pourtant soutenu par la pépinière d’innovation Creaholic fondée par Elmar Mock, l’un des inventeurs de la Swatch. Aujourd’hui, la start-up compte 25 collaborateurs et écoule ses produits dans 17 pays. Elle n’est toujours pas rentable, mais devrait le devenir dès l’an prochain. Elle ne communique pas son chiffre d’affaires, qui devrait avoisiner les cinq millions de francs selon nos estimations.

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De longues errances avant le produit abouti

Quelle patience il aura fallu aux investisseurs, qui ont déjà débloqué plusieurs millions de francs dans l’aventure. La créativité n’est pas un processus linéaire. Il y a la naissance d’une idée, suivie parfois de longues errances pour déboucher sur un produit convaincant. Elmar Mock le résume en des termes très sexués. «La créativité, c’est l’acte d’amour. Mais le but de l’innovation, c’est le taux de naissances. C’est la force de la Suisse que de savoir transformer des idées en produits aboutis.»

Dans le cas de Smixin, le cheminement a été lent. Tout est parti d’une réflexion à l’interface de l’écologie et de la politique de la santé. Comment réduire le risque de pandémies? En incitant les gens à se laver davantage les mains. Sauf que ce rituel est coûteux en eau: 1,2 litre en moyenne. Grâce à une innovation technologique qui décompose cet acte en trois phases, Smixin réduit cette consommation à un décilitre environ.

Les restaurants renâclent

Restait à convaincre le marché. A l’origine, la start-up veut apporter l’hygiène à l’homme en incitant les restaurants ou les supermarchés à installer ses appareils à l’entrée de leur établissement. Raté! Les gestionnaires de ces lieux publics n’ont pas vu l’intérêt de se soucier de l’hygiène de leurs clients dans la mesure où celle-ci leur occasionnait des dépenses supplémentaires.

Enterrée, la belle idée d’apporter l’hygiène à l’homme pour revenir à un concept plus conventionnel, soit à un lavage des mains remis à sa place habituelle, c'est-à-dire dans les toilettes et les salles de bains. «Cela a été la seule manière de faire passer le produit de son stade de développement à celui de sa commercialisation basée sur un business model viable», raconte André Klopfenstein, président du conseil d’administration de Smixin. Son premier directeur, le physicien Denis Crottet, a quitté la start-up, désormais pilotée depuis deux ans par Jean-Michel Deckers, un économiste.

Clientèle internationale

Moralité de l’histoire: «Un bon inventeur n’atteint jamais son objectif initial, mais il se trouve un nouvel objectif», résume Elmar Mock, bien placé pour l’affirmer. «Avec la Swatch, nous voulions faire une montre bon marché dans le monde entier. Nous avons fini par faire une Prolex, soit une sorte de Rolex pour les prolétaires»!

Smixin se concentre désormais sur deux modèles: le plus luxueux – équipé d’un système de monitorage de la consommation avec écran – coûte 2500 francs. Il remplace l’évier, le robinet, la savonnière et le distributeur de papier. Le moins cher, plus simple, ne revient qu’à 1000 francs.

Neuf ans après sa fondation, Smixin a trouvé de premiers clients dans le monde entier. Au casino de Macao, dans certaines franchises de KFC à Hongkong comme à l’Ecole internationale de Dubaï. Mais aussi en Suisse à la gare d’Interlaken-Est du chemin de fer privé de la Jungfrau, qui économise 750 000 litres d’eau par an. Les utilisateurs, eux, sont ravis. Surtout les enfants, qui se lavent les mains en moins de 20 secondes sans rien toucher. Le taux de satisfaction atteint les 95%.

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L’argument économique s’impose

Alors que l’argument hygiénique n’avait pas convaincu les gestionnaires de lieux publics, l’argument économique s’impose de plus en plus. «Nous sommes 30% moins chers que pour un système traditionnel. Avec nos modèles, un lavage de mains coûte 5 centimes, amortissement compris», confie Jean-Michel Deckers.

Mais l’argument hygiénique se révèle aussi économique, tout compte fait. «En se lavant les mains cinq fois par jour au bureau, on peut réduire la propagation de maladies infectieuses et diminuer l’absentéisme de 10%», affirme l’actuel directeur. Les inventeurs finiront donc par avoir raison, dix ans plus tard.

Smixin est désormais sur le chemin qui doit la conduire vite à la rentabilité. Pour cela, elle devra séduire de grosses infrastructures comme des aéroports, par exemple. Une première bonne nouvelle pourrait tomber ces prochains mois déjà à ce sujet. Et ensuite? L’objectif est de collaborer étroitement avec un des grands acteurs du marché, que ce soit un fabricant de savons ou de robinets, voire un fournisseur d’hygiène.

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