«Le boulot de vos rêves viendra à vous.» C’est avec ce slogan pour le moins accrocheur qu’une équipe de quatre Zurichois a lancé il y a un mois Silp, un nouveau service de recherche d’emploi – de manière passive – via Facebook. Derrière cette start-up se cache un acteur connu de la scène high-tech suisse, Dominik Grolimund. Cet ancien étudiant de l’EPFZ avait créé la société de partage de fichiers en ligne Wuala, rachetée en 2009 par le géant français du disque dur LaCie.

«C’est en travaillant pour Wuala que m’est venue l’idée de créer un service de recrutement via Facebook, explique Dominik Grolimund. Nous avions beaucoup de peine à recruter des talents, et le meilleur moyen était de demander à nos employés s’ils avaient parmi leurs amis des personnes intéressées.» Ainsi est né en cette fin d’été Silp – «nous voulions juste un nom très court et facile à prononcer», glisse Dominik Grolimund.

Démarrons le test. Pour utiliser ce service, il faut obligatoirement utiliser Facebook, car Silp fonctionne comme une application tournant sur le réseau social. Le service demande l’accès à mon adresse e-mail, ma scolarité, mon parcours professionnel, mes intérêts… Silp va également extraire ces mêmes données de tous les amis avec qui je suis en relation sur Facebook, pour affiner mon profil. Seconde étape, ajouter des compétences professionnelles sous forme de mot-clé: le service suggère par défaut «web», «design» ou «programming». Chacun peut enregistrer les siens. Ensuite, Silp me propose d’inviter mes amis Facebook à utiliser eux aussi ce service. S’ils acceptent, nous pourrons nous échanger des propositions de job. Enfin, un message s’affiche: «Vous pouvez vous asseoir confortablement, vous détendre et attendre que les meilleures opportunités professionnelles viennent à vous.»

Une semaine plus tard, aucune offre d’emploi ne m’est parvenue. «C’est normal, nous ciblons en priorité les jobs dans l’industrie high-tech, comme la programmation ou le web design, et ce avant tout aux Etats-Unis», explique Dominik Grolimund. Le responsable affirme qu’en un mois, un million d’internautes se sont inscrits à Silp. «Maintenant, nous allons cesser notre campagne de marketing et nous concentrer davantage sur les employeurs. Nous en comptons déjà une vingtaine qui testent nos services, et plus de mille se sont déjà inscrits. Notre but sera à terme que des milliers d’entreprises, tant en Europe qu’aux Etats-Unis, soient connectées et offrent des emplois, et ce dans tous les domaines d’activités», poursuit Dominik Grolimund. S’il est gratuit pour les particuliers, Silp sera payant pour les entreprises. Le montant n’est pas encore connu, explique le responsable. Il s’agira peut-être d’un modèle de paiement à la performance.

Reste à savoir si Facebook est le bon réseau pour trouver un nouveau job. «Bien sûr, il existe LinkedIn. Mais allez-vous recommander pour un job une personne que vous avez croisée 5 minutes et que vous avez ensuite connectée à votre réseau LinkedIn? Je ne crois pas. Facebook offre un tissu de relations beaucoup plus profond», assure Dominik Grolimund.

Silp va non seulement utiliser le réseau de ses amis, mais aussi les autres applications que l’on a connectées à son compte Facebook: Twitter, LinkedIn, Tumblr ou encore About.me ou Zerply. «Plus nous en savons sur vous, mieux nous pourrons proposer des emplois adaptés, assure le responsable de Silp. Ensuite, ce sont nos algorithmes qui font le travail.»

La start-up zurichoise, forte de quatre employés, n’est pas la seule à se lancer sur ce créneau. Son premier concurrent se nomme BranchOut, son homologue américain qui revendique 25 millions d’utilisateurs. «Ce service crée en fait un réseau social au sein de Facebook, ce qui n’est pas du tout notre but: nous préférons un système passif de recherche, il est inutile de créer un réseau social parallèle», assure Dominik Grolimund. Parmi ses autres concurrents, citons MyJobLinx, BeKnown (de Monster) ou encore JobandTalent.

Le recrutement via les réseaux sociaux, nouvelle tendance ou mode éphémère? Selon une étude publiée cet été par le cabinet Prospective Media Services (PMS), 12% des Alémaniques ont déjà été abordés activement par un recruteur à partir d’un réseau social, contre 5% pour les Romands. «On est au début d’une nouvelle tendance, car de plus en plus d’internautes utilisent les réseaux sociaux pour se renseigner sur un job potentiel. Ils ont vu une annonce pour un emploi dans une multinationale, ils vont regarder qui, parmi leurs amis, ou les amis de leurs amis, y travaille et ce qu’ils en disent. BranchOut, voire Silp, peuvent ainsi être utiles», relève Olivier A. Maillard, répondant romand de PMS. Mais le spécialiste en recrutement relativise la pertinence de ces systèmes: «Il ne faut pas trop attendre des algorithmes derrière ces services. Un exemple: pour un emploi, deux personnes correspondront à 85% des critères. Pour l’une, déménager de Genève à Toronto ne sera pas un problème, pour l’autre penduler de Genève à Lausanne sera insurmontable.»

Silp va utiliser le réseau de ses amis, mais aussi les autres applications que l’on a connectées à Facebook