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«Le Temps» et Foraus ont organisé vendredi dernier un atelier pour trouver des solutions au harcèlement sexuel sur le lieu de travail et des moyens de les financer.
© Eddy Mottaz pour «Le Temps»

Atelier

Une taxe sur les publicités sexistes?

De nombreuses idées ont émergé, lors d’un atelier organisé par «Le Temps» et Foraus, pour trouver des solutions contre le harcèlement sexuel: applications conseillant les employés ou faisant office de carnet de bord, changement de loi, taxe sur la publicité ou la pornographie…

Et pourquoi pas taxer les publicités sexistes? C’est l’une des idées qui ont émergé de l’atelier coorganisé par Le Temps et Foraus, le think tank de politique étrangère, vendredi dernier, pour trouver des solutions au harcèlement sexuel sur le lieu de travail et des moyens de les financer.

Autre possibilité, taxer la pornographie, une industrie tellement importante qu’il suffirait d’un taux très bas pour obtenir suffisamment de fonds, a lancé une participante. De fait, a-t-elle ajouté, préférant rester anonyme, «on taxe bien les cigarettes et l’alcool, alors pourquoi pas des publicités sexistes, par exemple, qui font également des dégâts dans la société?»

Idées novatrices

En parler c’est bien, réfléchir à des solutions, c’est encore mieux. C’est à partir de cette idée qu’a été organisée cette «open situation room» qui s’est tenue à Berne avec une trentaine d’expertes et experts des questions d’égalité, dont la directrice du bureau fédéral de l’égalité, Sylvie Durrer, la conseillère nationale Rebecca Ruiz (PS/VD), Hélène Alocchi, responsable des ressources humaines chez Ikea à Genève, pour n’en citer que quelques-unes. «Ces formats, qui réunissent des spécialistes de domaines divers, permettent souvent de faire émerger des idées novatrices, comme celle de la taxe sur les contenus sexistes, qui peuvent ensuite être affinées et développées», a expliqué Maria Isabelle Wieser, coorganisatrice de la réunion et responsable du groupe genre au Foraus.

Lire aussi: Sylvie Durrer: «Avant 1971, la Suisse n’était pas une vraie démocratie»

Ainsi, certains groupes de travail ont proposé des mesures de protection de la victime, des guichets anonymes de dénonciation ou encore une intervention externe pour enquêter dans une entreprise dans laquelle des plaintes de harcèlement auraient été enregistrées.

Cet atelier représentait aussi l’occasion de réfléchir à des solutions qui s’appuieraient sur des moyens technologiques. Deux groupes ont ainsi proposé des idées d’applications. La première, NotOk, se focalise sur la préservation de l’anonymat de la victime pour lui éviter les représailles. La personne peut ainsi entrer les informations sur ce qui lui est arrivé et elle reçoit ensuite des conseils ou contacts pour en parler. L’idée est de structurer le témoignage, de façon à établir la gravité des faits. Le système peut fonctionner pour une entreprise, mais pas seulement. Un modèle du genre, Callisto, a été développé dans des universités américaines pour stocker les témoignages de victimes.

Autodiagnostic du harcèlement

Parfois, la victime comprend que quelque chose d’anormal se passe, sans pouvoir mettre de mots dessus. Un autre groupe a proposé une application sur le stress au travail posant des questions permettant de déceler le harcèlement. De la même manière que la précédente, elle propose de stocker les informations sur des cas de harcèlement, en toute confidentialité, et d’envoyer de façon groupée et anonymisée des informations sur le nombre de cas de harcèlement dans une entreprise afin de la sensibiliser sur cette question.

Aussi reconnu qu’il soit, le phénomène du harcèlement sexuel au travail est mal quantifié en Suisse. La dernière étude qui fait référence date d’il y a plus de dix ans (2007), par le bureau de l’égalité du Secrétariat d’Etat à l’économie, et montre que 28% des femmes et 10% des hommes ont été victimes ou témoins de harcèlement. En outre, la plupart des cas ne font pas l’objet de poursuites, et même dans le cas contraire, il est rare que la victime obtienne gain de cause.

Lire également: Les entreprises s’attaquent au sexisme


Qu’est-ce qu’une «open situation room»?

Le concept d’«open situation room» a été mis au point par Nicola Forster, président et cofondateur de Foraus, le Ministère allemand des affaires étrangères et la Fondation Mercator. L’idée? Réinterpréter les «situation rooms» (ou salles de crise) créées par John Kenney au début des années 1960. Le président américain avait alors voulu réunir des experts de divers pans de l’administration pour résoudre la crise de la baie des Cochons, où le débarquement américain venait de se solder par un échec, attribué à un manque d’informations en temps réel.

Le concept, qui a été testé avec la Banque mondiale et le CICR, par exemple, a été ouvert à des experts d’horizons variés, cela pour développer des idées concrètes face à un défi dans un laps de temps de quelques heures. Mélanger les compétences doit permettre de trouver des solutions concrètes et innovantes. Des compétences qui peuvent venir de tous les domaines: secteur privé, entrepreneurs, scientifiques, institutions publiques ou autres. M. F.

Dossier
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