Inquiète des déséquilibres économiques toujours plus grands au sein de l’Union, la Commission européenne a choisi mercredi de ne pas redoubler de pressions sur Madrid. Alors que nombre d’experts jugent inéluctable un sauvetage européen des banques ibériques – sur le modèle du plan irlandais de 85 milliards d’euros en décembre 2010 –, le commissaire aux Affaires économiques, Olli Rehn, a évoqué à Bruxelles la possibilité d’accorder à Madrid une année de plus pour atteindre les 3% de déficit budgétaire requis, soit 2014 au lieu de 2013, sur la base d’un «plan et de cibles convaincants». Une annonce accueillie avec soulagement par les marchés, tandis que la Banque centrale européenne (BCE) a démenti avoir été saisie d’une demande espagnole à propos du naufrage de Bankia et de son éventuel sauvetage public.

Intégration budgétaire

La compréhension dont témoigne Bruxelles vis-à-vis de Madrid n’empêche toutefois pas les grandes manœuvres de se poursuivre pour endiguer le risque croissant d’une panique des déposants (un «bank run»), à deux semaines des élections grecques du 17 juin. Venu présenter les rapports consacrés par la Commission européenne aux économies des pays membres, son président a remis sur le tapis le projet d’une «Union bancaire» axée sur trois piliers: une instance de supervision communautaire (pour remplacer l’actuel collège des superviseurs nationaux), la création d’un fonds de résolution (pour financer la restructuration des grandes banques sans avoir à faire appel aux mécanismes européens de secours) et l’instauration d’une garantie commune pour tous les épargnants dans l’UE.

José Manuel Barroso s’est aussi dit favorable, dans l’immédiat, à ce que le Mécanisme européen de solidarité (MES) qui doit voir le jour en juillet, participe, si nécessaire, à la recapitalisation des banques les plus mal en point.

La menace d’un séisme espagnol, qui se chiffrerait à coup sûr en centaines de milliards d’euros, délie en tout cas les langues bruxelloises et clarifie la situation avant le prochain sommet européen des 28 et 29 juin. Ironisant sur le fait que la proposition de la Commission d’un système de garanties bancaires communes avait été rejetée en 2010 «à l’unanimité par les Etats membres», José Manuel Barroso a estimé indispensable de franchir, dans les mois qui viennent, «un nouveau pas dans l’intégration budgétaire au sein de la zone euro, assorti d’un calendrier et d’une feuille de route». «Il s’agit ni plus ni moins, pour les Etats dotés de la monnaie unique, d’accepter d’abandonner leur souveraineté budgétaire pour la transférer à un niveau européen», a précisé un haut responsable de l’UE.

ö La France mal notée. Page 17