transfert de technologie

Une usine en Tanzanie s’apprête à produire en masse des médicaments haut de gamme

Un traitement combiné contre la malaria sortira bientôt d’une usine de Dar es Salaam

Une usine en Tanzanie s’apprête à produire en masse des médicaments haut de gamme

Pharma Un transfert de technologievers l’Afrique est près d’aboutir

Un traitement combiné contrela malaria sortira bientôt d’une usinede Dar es-Salaam

Les locaux sont rutilants, rien ne traîne au sol entre les portes bleu roi et les murs blancs. Les normes strictes de sécurité et d’hygiène à l’entrée et à la sortie de la chaîne de production sont respectées. Elles font ressembler à des extraterrestres le personnel masqué, ganté et encapuchonné de bleu qui s’affaire autour des installations de granulation, de compression et d’emballage des pilules sous une double feuille d’aluminium.

A première vue, on se croirait dans un centre européen ou nord-américain de production pharmaceutique. A la différence de la présence d’un bâtiment abritant un imposant alignement de génératrices pour remédier aux fréquentes coupures de courant. L’usine, dont l’unité haut de gamme subit une série de tests avant l’autorisation de démarrage locale, et internationale via l’Organisation mondiale de la santé, se trouve pourtant dans la banlieue de Dar es-Salaam, capitale économique de la Tanzanie.

Forte de quelque 150 employés dont la moitié de femmes, elle est pilotée par Alag Harvinder, directeur du laboratoire Zenufa domicilié en Tanzanie depuis près de huit ans. Le groupe Zenufa, originaire de la République du Congo, possède aussi des ramifications en Inde. Il fabrique déjà des médicaments ordinaires pour le marché local tanzanien. Son principal produit est aujourd’hui l’antidouleur Zenadol, qui représente un quart du chiffre d’affaires de 6 millions de dollars réalisé l’an dernier par l’usine de Dar es-Salaam.

Fabriquer un médicament haut de gamme, comme l’est la pilule à deux composants ASAQ contre la malaria, est une tout autre aventure. «Cela a été un très gros défi de parvenir à acheminer et à installer tous les éléments de la chaîne de production et de contrôle, mais aussi de former le personnel nous-mêmes, faute de centre universitaire ou technique ad hoc en Afrique. La compétence de la main-d’œuvre est en effet un facteur crucial de réussite», explique Alag Harvinder.

Ce dernier admet volontiers qu’il n’y serait pas parvenu sans l’aide de l’organisation non gouvernementale basée à Genève Drugs for Neglected Diseases Initiative (DNDi), qui a décidé de concrétiser ce projet de transfert de technologie vers l’Afrique noire en fournissant l’assistance technique et logistique nécessaire. L’opération a commencé en 2011, par le choix de Zenufa en Tanzanie. Pourquoi avoir opté pour ce pays de l’Est africain, dont l’environnement commercial n’est pas le plus favorable de la région et qui n’a pas choisi ASAQ comme première ligne de traitement de la malaria? «Notre choix a surtout été orienté par la qualité de l’entreprise de production et par la recherche d’un partenaire pharmaceutique fiable», note Bernard Pécoul, directeur de DNDi.

«L’entreprise est aussi présente en République du Congo, qui souffre d’une forte incidence du paludisme», ajoute René Kiechel, chef du projet pour DNDi. Deux autres sociétés, au Togo et en Ouganda, étaient également sur la liste finale. Le groupe français Sanofi, qui possède une usine de production d’ASAQ au Maroc, a également appuyé le projet. Plus de 400 millions de traitements ont déjà été distribués, dont près de 90 millions l’an dernier.

Le défi technique, déjà relevé par Zenufa à Dar es-Salaam avec la production expérimentale de quatre lots en juillet 2014, consiste à associer dans une même pilule deux substances aux caractéristiques différentes, l’amodiaquine, qui n’est pas compressible et doit être transformée en granulés, et l’artésunate, qui n’est pas stable en milieu acide. Des obstacles administratifs se sont aussi dressés. «Nous avons mis un an à récupérer une machine d’emballage embarquée à Bombay sur un bateau où s’est déclaré un incendie et qu’aucun port ne voulait accueillir», se souvient Alag Harvinder. «Il est probable que, dans ce cas, une grande entreprise pharmaceutique occidentale aurait eu des moyens de pression qui font défaut à une PME africaine», note René Kiechel.

Alag Harvinder relève aussi les problèmes de délais administratifs ou de télécommunications pour toute démarche en Tanzanie. «Tout prend du temps ici», soupire-t-il en commentant les quatre ans déjà écoulés. Le feu vert à la production de masse d’ASAQ est attendu en 2016. Cinq à dix millions de traitements devraient être distribués en Afrique depuis la Tanzanie. Le prix bas du traitement par l’ASAQ (un dollar pour un adulte et la moitié pour un enfant) est devenu la norme dans la lutte contre le paludisme, ce qui a par exemple incité Novartis à réduire le prix de son médicament Coartem.

DNDi a consacré un million d’euros au projet tanzanien. «Ce montant n’est pas remboursable. Cela permettra à Zenufa de faire un petit bénéfice par la vente d’ASAQ», indique René Kiechel. «Ce projet prouve qu’il est possible de produire des médicaments de haute qualité en Afrique», se réjouit Marcel Tanner, président de DNDi.

«Notre choix a été orienté par la qualité de l’entreprise et par la recherched’un partenaire fiable»

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