Cinq e-mails proposant de fausses Rolex reçus rien que ce jeudi, 84 depuis le 16 octobre. Et ce, bien sûr, sans compter les dizaines d'autres retenus par le logiciel de filtre. Jamais, depuis le lancement du Viagra, un produit n'avait suscité l'envoi d'autant de messages électroniques publicitaires – les fameux spams. «Le phénomène est impressionnant. Nous calculons une hausse de 300% des spams pour des montres en un an, qui représentent aujourd'hui plus de 50% du spam mondial», détaille Graham Cluley, consultant technologique auprès de la firme de sécurité informatique anglaise Sophos.

Les spams appâtent l'internaute avec des Rolex, et l'incitent à cliquer sur un lien web à chaque fois différent. Mais la cible est toujours la même, www.onlinereplicastore.com. Une Rolex pour 200 dollars, une Cartier pour 297 dollars, une Frank Muller pour 215 dollars. Patek Philippe, Vacheron Constantin ou encore Omega, le catalogue est complet sur un site d'apparence professionnelle. Pourquoi acheter une contrefaçon? Pour éviter de se faire voler sa vraie Rolex et se rendre à des cocktails l'esprit libre, écrit le responsable du site. Son nom? Chriss Persson, Suédois, d'après les registres web, qui peuvent bien sûr être trafiqués à l'envi. Impossible a priori de savoir qui se cache derrière le site. L'homme est sans doute Américain et envoie ses spams depuis la Chine.

La récente condamnation d'un «spammeur» à 9 ans de prison en Virginie et les poursuites lancées par la firme pharmaceutique Pfizer contre les sites vendant du faux Viagra ne changent donc rien. «Arrêtez un spammeur, et dix se lancent sur le marché, explique Graham Cluley. Le spam est aussi saisonnier. Après les Rolex, les spammeurs vous proposeront après les fêtes de fin d'année des régimes alimentaires et des crédits bancaires.» Même avec un taux de commande de 0,001% par spam envoyé, les expéditeurs deviennent millionnaires. D'autant que certains piratent la carte de crédit de leurs victimes. «Samedi dernier, j'ai vu en Chine des copies de montres à 20 dollars l'unité. Un spammeur les achètera en gros à 10-15 dollars pièce, puis les revendra entre 200 et 300 dollars, explique Laurent Paichot, chef de la division juridique de la Fédération horlogère suisse (FH).

Détective privé pour Richemont

Comment réagir? «Nous disposons depuis mars d'une cellule Internet qui traque les contrefaçons, mais la bataille est très complexe, concède Laurent Paichot. Les personnes sont très difficiles à identifier, et les sites changent souvent d'adresse.»

Mais la guerre a commencé. La FH est en train de contacter les responsables de sites vendant des copies sur le site de vente aux enchères allemand eBay. de. «Le problème, ce ne sont pas seulement les spams attirant l'internaute vers un site de contrefaçon, poursuit Laurent Paichot. C'est aussi Google qui affiche des liens publicitaires vers des sites de contrefaçons lorsque vous tapez le mot «Rolex». Nous essayons de sensibiliser les moteurs de recherche à ce problème, mais ce n'est pas facile.» Aucun responsable de Rolex n'était hier disponible pour un commentaire. La société a déjà commencé à agir: un avertissement figure en bonne place sur sa page d'accueil, indiquant qu'elle ne vend aucune montre sur le Web.

La bataille n'est pas pour autant perdue. A condition de se donner les moyens de combattre les faussaires sur le Net. Richemont a mis deux ans pour démasquer et faire arrêter en 2002 Mark DiPadova, à la tête d'un vaste réseau de sites de contrefaçons. «La police américaine affirmait qu'il était impossible de l'arrêter. Il nous a fallu beaucoup de volonté et l'engagement d'un détective privé pour y arriver, affirme un responsable du Groupe Richemont. Nous avons ensuite compris qu'il fallait éradiquer ce business à la source en bloquant tous les comptes des spammeurs, qui possèdent parfois de véritables fortunes.»

Il y a deux mois, Richemont repérait, grâce à des versements effectués via Western Union, des spammeurs en Malaisie. «Les policiers ont pu arrêter trois ou quatre spammeurs, mais l'un d'eux a hélas réussi à effacer le contenu de son ordinateur, poursuit le responsable de Richemont. La leçon est simple: si l'on a la volonté de mettre ces individus hors d'état de nuire, on y parvient. Cela prend du temps et des ressources. Mais à l'avenir, ils ne devraient se sentir nulle part en sécurité.»