Une valve cardiaque inspirée des avions furtifs

Quel est le rapport entre un avion furtif et une valve cardiaque? Les deux sont indétectables, l’un par radars et l’autre par plaquettes sanguines. «Nous avons développé une valve directement inspirée de l’aéronautique», explique Didier Lapeyre, un chirurgien cardiovasculaire à la retraite qui a collaboré avec Pierre Perrier – ancien chef du département d’aérodynamique de Dassault-Aviation.

Un marché en croissance

De la taille d’une pièce de 1 franc, avec trois petits clapets en métal qui s’ouvrent et se ferment, la valve mécanique pourrait, d’ici à quelques années, faire son entrée sur un marché mondial estimé à près de 2 milliards de francs par année. Quelque 400 000 patients se voient implanter une valve artificielle chaque année et ce chiffre devrait atteindre 800 000 en 2050 avec le vieillissement de la population.

Tests sur des moutons

«Depuis cinquante ans, les valves cardiaques n’ont pas connu d’innovation technologique majeure», affirme Didier Lepeyre, un Français qui a travaillé au Texas Heart Institute. Il existe essentiellement des prothèses mécaniques et des bioprothèses. Les premières possèdent une très longue durée de vie mais doivent être associées à un traitement anticoagulant à vie. Or le problème majeur de ces médicaments réside dans des accidents hémorragiques. «Le design des valves mécaniques blesse le sang. Les plaquettes sanguines décèlent une anomalie lors de l’écoulement et provoquent une réaction de coagulation», explique Didier Lapeyre, qui a créé la société Lapeyre Industrie aux Etats-Unis et qui prévoit tout prochainement une délocalisation en Suisse romande. «Ce traitement anticoagulant nécessite un suivi régulier et génère des coûts qui ne peuvent pas être supportés dans les pays émergents.»

Quant aux bioprothèses, prélevées sur l’homme ou l’animal, elles ne nécessitent pas la prise d’anticoagulants au long cours et présentent de meilleures propriétés hémodynamiques. «Toutefois, elles ont une durée de vie de dix ans environ et sont ainsi réservées aux personnes âgées. Chez les jeunes patients, ces valves tissulaires sont détruites après seulement cinq à six ans», explique Didier Lapeyre.

De son côté, le chirurgien a conçu une valve mécanique dont le design particulier, directement inspiré des ailes des avions furtifs, évite de «blesser le sang». «Les trois volets se ferment à une vitesse d’environ 90 km/h contre 500 km/h pour les valves mécaniques, précise Jean-Frédéric Bistagne, directeur de l’entreprise. La prise d’anticoagulant n’est plus nécessaire.»

Les tests ont été effectués sur une centaine de moutons. Les validations numériques sont en cours dans un centre de recherche universitaire de l’arc lémanique. D’ici douze à dix-huit mois, ces valves devraient être testées sur une quarantaine de personnes dans plusieurs pays dans le but d’obtenir le marquage CE qui autorisera une mise sur le marché. Une commercialisation n’est pas prévue avant la fin 2013. La société Lapeyre Industrie espère dès lors se faire une place aux côtés des géants qui dominent le marché, tels Medtronic, St-Jude Medical ou Edwards Lifescience.

Recherche de financement

En attendant, la société Lapeyre Industrie, qui compte moins de dix personnes, prévoit de monter un centre de fabrication en Suisse romande. «J’ai été séduit par le savoir-faire helvétique en matière de micromécanique et ses connaissances en matière de nouveaux matériaux», souligne le chirurgien. Mais pour mener à bien son projet, la société, qui a déjà obtenu un financement de 30 millions d’euros grâce notamment au groupe Dassault Aviation, cherche à lever encore 20 millions de francs supplémentaires.

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