Le succès du pétrole offshore est dès l’origine lié à la géopolitique. Il est né du désir de l’Occident de se doter d’une plus grande indépendance énergétique après la hausse du prix de l’or noir décidée brutalement, en 1973, par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). L’opération n’a que partiellement réussi puisque le Moyen-Orient continue à dominer le marché en termes de production et plus encore de réserve. Mais elle a permis de desserrer quelque peu l’étreinte.

L’Occident a pris là une décision d’autant plus judicieuse que l’offshore requiert des moyens technologiques sophistiqués que ses principales compagnies dominent mieux que les autres. Ce qui les rend souvent indispensables: sans elles, pas d’accès au gisement. Et plus les forages sont profonds, plus leur avantage concurrentiel grandit. Ce qui signifie que l’évolution actuelle leur est très profitable. Le jour où l’Arctique, une région décrite comme l’«eldorado pétrolier du XXIe siècle», s’ouvrira à la prospection, les majors occidentales seront probablement les seules capables d’en exploiter les ressources sous-marines. Dans un premier temps en tout cas.

Les pétroliers émergents

Car la concurrence se renforce. Un pays émergent comme le Brésil a doublement tiré parti de la découverte d’énormes réserves au large de ses côtes. Avec 22% de la production offshore en eau profonde, il n’est pas seulement entré dans le cercle étroit des puissances pétrolières. Il en a aussi profité pour se perfectionner en matière de technologie pétrolière, au point que sa compagnie nationale, Petrobras, rêve de rivaliser avec Total et BP. Au même titre que certaines compagnies chinoises comme SINOPEC, parvenue en 2008 au 7e rang du classement mondial des sociétés pétrolières, selon le BP Statistical Review of World Energy. Des pays émergents, la Chine et l’Inde? Dans le domaine du brut également.

Les ressources pétrolières offshore suscitent de nombreuses disputes interétatiques. Des disputes exacerbées par le fait que les frontières sont beaucoup plus imprécises en mer que sur terre. «Les Etats règnent en principe sur les 200 miles nautiques qui bordent leurs rivages, 200 miles qui sont assimilés à leur plateau continental même si, de fait, le talus n’est pas aussi éloigné, explique Jérémy Drisch, juriste français en droit de la mer. Là où cela se complique, c’est lorsque deux Etats entreprennent de tracer leur frontière maritime commune.»

Des conflits existent tout autour du monde, de la mer de Chine, où Pékin a des contentieux avec à peu près tous ses voisins, à l’océan glacial Arctique, au fond duquel la Russie a planté son drapeau en 2007, en passant par l’Atlantique Sud où la marine argentine a arraisonné en février dernier un bateau transportant du matériel de forage à destination d’une société britannique à l’œuvre au large des Falklands.

Vives tensions

La région qui concentre le plus de disputes est cependant le golfe de Guinée, où le Nigeria a été jusqu’à s’emparer en 1994 de la péninsule camerounaise de Bakassi, avant de la rendre suite à une décision de la Cour internationale de justice. Aujourd’hui, la tension est vive entre l’Angola, premier producteur de pétrole en eau profonde du monde, et la République démocratique du Congo, qui a entrepris de s’occuper enfin de ses frontières maritimes.

Si nombre de ces litiges finissent devant les tribunaux, certains se règlent à l’amiable par la décision d’exploiter conjointement la zone disputée. Alors qu’un recours en justice prend de longues années, c’est encore là le meilleur moyen d’exploiter les ressources concernées sans attendre.