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Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, lors d’une réunion d’alumni à Harvard.
© Brian Snyder/Reuters

Formation

Les universités d’élite américaines victimes de la réforme fiscale de Trump

Harvard, Yale, Stanford et Princeton, des universités réputées et politiquement à gauche, seront pénalisées par un impôt qui frappera le revenu des placements de leurs fonds de dotation. Pour Princeton, la taxe correspondrait à 4000 dollars par étudiant. Un jeu risqué à l’égard des élites universitaires

Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, Ben Bernanke, ex-président de la Fed, Lloyd Blankfein, patron de Goldman Sachs, Bill Gates, fondateur de Microsoft, toutes ces stars de l’économie américaine sont passées par Harvard, comme Larry Page et Sergey Brin, les fondateurs de Google, à Stanford. Or les universités d’élite américaines, dont les enseignants sont réputés à gauche, seront pénalisées dans leur développement par la réforme fiscale signée par Donald Trump.

Le Congrès américain a en effet décidé d’introduire une taxe de 1,4% sur les revenus nets des placements financiers des fonds de dotation (endowment funds) des universités. Cet impôt indirect, qui devrait rapporter à l’Etat 3 milliards sur dix ans, concerne les fonds des grandes écoles dont la fortune dépasse 500 000 dollars par étudiant.

Lire aussi: Les républicains américains s’entendent sur les baisses d’impôts

L’Association des universités américaines, qui représente 62 institutions, s’emporte contre cette loi fiscale pour son approche «purement à court terme».

Une taxe sur un enseignement de gauche?

Greg Mankiw, professeur à Harvard mais économiste de droite (ancien président des conseillers économiques de George W. Bush), critique cette taxe dans une chronique du New York Times et qualifie cette politique de «tribale». Les républicains étant au pouvoir, «ils taxent les socialistes», avance-t-il. Il reconnaît que la majorité des membres des facultés d’élite est éventuellement à gauche, mais à son avis «la plupart des professeurs laissent leur idéologie en dehors de la classe».

Cet ancien de Princeton, MIT et Harvard explique que «la meilleure façon d’augmenter les salaires consiste à accroître le niveau des compétences» et que les Etats-Unis «sont une superpuissance en partie parce que nous avons le meilleur système universitaire du monde. L’impôt mine cet avantage.»

Lire aussi: Une réforme fiscale qui accroît dramatiquement la fracture sociale de l’Amérique

Les montants en jeu réduisent peu le déficit public mais ne sont absolument pas dérisoires pour les universités. Prenons le cas de Princeton (fonds de 24 milliards), un rendement de 10%, un niveau prudent compte tenu de l’excellente performance de ces endowment funds, conduit à une taxe de 34 millions par an, soit plus de 4000 dollars par étudiant, selon Greg Mankiw.

A Princeton, 60% des étudiants du premier cycle reçoivent une aide financière pour leurs frais de scolarité et de logement si leur famille gagne moins de 65 000 dollars par an. «Grâce aux gains financiers, certaines universités ont accru leur aide et réduisent par là même l’endettement des étudiants», ajoute l’économiste. A Princeton, 82% des étudiants diplômés n'ont pas de dettes et le niveau d’endettement moyen se limite à 8900 dollars à l’obtention du diplôme.

Virage à l’égard du secteur philanthropique

Les fonds les plus richement dotés sont, selon Pensions & Investments (P&I), ceux de Harvard (37,1 milliards de dollars), Yale (27,2 milliards) et Stanford (26,7 milliards). Non seulement les gains des placements étaient jusqu’ici défiscalisés, mais les donateurs reçoivent une déduction fiscale pour leurs dons. «La décision représente un changement fondamental dans la politique fiscale à l’égard du secteur philanthropique», avance Douglas Warner, ancien président de JPMorgan, dans une chronique pour le site d’information Politico.

Dans plusieurs universités dont Princeton, l’argent des fonds de dotation représente la moitié du budget de fonctionnement. Pour Yale, il s’agit de 1,3 milliard de dollars, soit le tiers du budget, selon P&I. «Une taxe réduira la valeur future de beaucoup de dotations et forcera les institutions à dépendre davantage des frais de scolarité», indique à P&I Bill Burger, porte-parole du Middlebury College.

En réalité, le nombre de grandes écoles touchées est incertain. Phillip Levine, professeur au Wellesley College, a calculé que 23 institutions seront frappées, mais leur nombre devrait atteindre 31 à 41 dans cinq ans et 55 à 80 dans quinze ans, selon le site spécialisé Inside Higher Ed. Le nombre final dépendra de la volatilité des bourses et des effectifs des institutions ainsi que de la définition adoptée pour un fonds de dotation.

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