On a très envie de le croire, Mike Fries. Le directeur de la multinationale américaine Liberty Global, qui tente désormais de racheter Sunrise, est un bon vendeur. A l’origine de plusieurs fusions, le responsable assurait mercredi que «les meilleurs deals, ce sont ceux où tout le monde gagne. C’est le cas avec la fusion entre UPC et Sunrise. Et les plus grands gagnants, ce sont les consommateurs.»

De belles paroles, que la théorie soutient facilement. Aujourd’hui, Swisscom détient environ 60% du marché des télécoms, notamment parce qu’il possède un réseau fixe et mobile. En fusionnant le réseau mobile de Sunrise et le réseau fixe d’UPC, l’on assisterait à la naissance d’une société enfin capable de rivaliser avec l’opérateur historique.

Lire l'article lié: Sunrise-UPC, la proie devient chasseur

Mais la théorie risque bien vite d’être démentie par la pratique. D’abord, marier les technologies si différentes des deux promis prendra plusieurs années. Face à deux concurrents qui tourneront au ralenti, Swisscom aura tout loisir de lancer de nouvelles offres pour récupérer des clients, tant sur le marché privé que sur celui des entreprises.

Ensuite, la fusion, si elle aura le mérite de sauver un UPC en déclin, risque de couper les ailes de Sunrise, qui parvenait, trimestre après trimestre, à prendre des clients mobiles à Swisscom.

Troisièmement, la fusion risque fort de tuer le projet, annoncé en mai, de coentreprise entre Sunrise et Salt pour relier 1,5 million de ménages suisses en fibre optique. Libre alors à Swisscom, encore lui, d’avancer ses pions sur ce marché.

Quatrièmement, et c’est encore un point à l’avantage de l’opérateur historique, celui-ci se retrouvera pour la première fois face à un concurrent actif sur tous les réseaux et disposant en théorie des mêmes armes: ce sera un argument en or pour tuer définitivement les rares initiatives politiques pour réguler le marché des télécoms.

Cinquièmement, l’émergence de ce duopole Swisscom UPC-Sunrise risque de marginaliser Salt, qui ne pourra a priori plus compter sur des alliés face à Swisscom.

Cinq raisons pour lesquelles l’on se permet de remettre en question l’optimisme de Mike Fries. Il y a fort à parier que cette fusion soit à l’avantage des actionnaires de Sunrise. Mais pas des clients.