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Urbains, branchés, les créateurs de start-ups choisissent des nouveaux lieux pour innover

A Genève comme partout en Suisse, les incubateurs et autres accélérateurs de start-up se multiplient. Souvent au centre-ville et sans l’aide de l’Etat. Quelles sont les raisons qui expliquent un tel succès?

Les incubateurs ou accélérateurs de start-up, ces lieux censés offrir aux jeunes talents toutes les facilités pour mener à bien leur projet d’entreprise, se multiplient en Suisse romande. Rien qu’à Genève, ils sont trois à avoir vu le jour ces derniers mois. Début 2015, c’est Seedspace qui a ouvert ses portes dans une maison de maître aux portes de Genève. Cet été, l’Impact Hub Geneva, destiné aux start-up avec un impact social et environnemental, a été inauguré à deux pas de la gare Cornavin. Le 5 octobre, c’est Fusion – un programme d’aide au développement destiné aux start-up actives dans les technologies financières («fintech») – qui a été lancé et qui devrait s’installer bientôt dans le quartier de la Praille.

L’innovation n’est plus l’apanage des seuls grands groupes industriels depuis longtemps. Chacun sait, depuis l’avènement de Microsoft, que le monde de demain se construit autant dans les vieux garages que dans les laboratoires. Antoine Verdon, un entrepreneur lausannois installé à Zurich et très actif dans les nouvelles technologies, y voit plusieurs explications. D’abord, les grandes entreprises ont plus de mal à innover, explique-t-il. «Cela est dû au poids de l’administration, aux exigences réglementaires et au temps consacré à la gestion des affaires courantes. Tout cela rend la prise de risque toujours plus délicate. Du coup, elles ont tendance à externaliser le processus d’innovation pour en racheter le produit, et l’intégrer à leur portefeuille, une fois qu’il a été mis au point par d’autres acteurs.» Une tendance éprouvée dans la pharma, où la majorité des nouveaux médicaments viennent aujourd’hui de petits laboratoires.

Label de qualité

Deuxième facteur selon Antoine Verdon: le développement de grands programmes d’accélération de start-up aux Etats-Unis, tels que Y Combinator ou Techstars. Ces programmes ont permis de créer des produits qui correspondent davantage aux attentes des investisseurs. Surtout, précise-t-il, le label qu’ils leur confèrent, véritable gage de qualité, permet aux start-up d’obtenir des financements plus facilement.
Reste que les incubateurs en Suisse, à l’image du parc d’innovation de l’EPFL, étaient généralement la chasse gardée des grandes écoles et du secteur public. Or, et même si des projets publics existent encore – le Swiss Innovation Park devrait ainsi bientôt ouvrir ses portes à Dübendorf –, c’est de moins en moins le cas. «Bénéficier de bureaux mis à disposition par l’Etat ne suffit plus, souligne Antoine Verdon. Et pouvoir compter sur le secteur privé, que ce soit financièrement ou en termes de connaissances, est souvent un avantage lorsque l’on se lance dans le monde des affaires.»

Chez Flyability, on a décidé de faire le grand saut fin 2014. Jusque-là, cette start-up lausannoise, qui vend des drones capables d’aller repérer des fissures sous un viaduc ou au fond d’une citerne à des groupes énergétiques, avait suivi le cursus classique d’une jeune pousse romande active dans les technologies. Après avoir développé leur projet dans le cadre de leur travail de thèse à l’EPFL, les fondateurs Adrien Briod et Patrick Thévoz l’ont peaufiné dans les locaux de l’école polytechnique: six mois dans l’incubateur La Forge, six mois dans un laboratoire.
Mais quand ils se sont retrouvés à cinq dans 15 m2, ils ont décidé de ne pas prolonger l’aventure à l’EPFL, même s’ils auraient très bien pu louer des bureaux au sein du parc d’innovation. «Nous avons préféré prendre nos distances par rapport au monde académique», dit Patrick Thévoz.

Flyability prend alors ses quartiers place du Nord, juste au-dessus de la place de la Riponne, au centre de Lausanne, où ils sont désormais quinze dans 120 m2. «L’énergie d’une ville correspond mieux à notre rythme de travail, explique Patrick Thévoz. Cela nous permet d’aller faire des courses et de survivre même quand on aligne des journées de 14 heures de travail.» Et puis il y avait aussi la question logistique: «On n’avait plus envie de perdre une heure par jour dans les transports publics, poursuit-il. D’autant que, financièrement, les loyers ne sont pas forcément plus chers au centre de Lausanne qu’à l’EPFL.»

Le jeune entrepreneur sait pourtant que l’école polytechnique, outre la formation et un cadre qui leur a permis de développer leur premier prototype, leur a aussi apporté un réel prestige à l’heure de chercher des financements. Sans oublier «un soutien très utile durant les premiers mois de la société, avec des cours et des locaux gratuits», précise Patrick Thévoz.

Pour autant, il ne quitterait pour rien au monde son nouveau QG. Un quartier qui est devenu très dynamique, dit-il, où fleurissent les jeunes entreprises comme la sienne, même si elles ne sont pas forcément actives dans le même secteur. Quant au bar de la Bossette, juste à côté, il leur sert non seulement pour l’apéro mais aussi comme salle de conférences.

Une atmosphère «plan-plan»

Alain, lui, préfère garder l’anonymat. Il vient de changer de travail après deux années passées dans le parc d’innovation de l’EPFL. Si les premiers mois se sont plutôt bien déroulés, avec une aide légale et logistique et une grande flexibilité pour adapter la taille des bureaux au nombre d’employés, le jeune entrepreneur a rapidement déchanté. Lui qui rêvait de retrouver l’effervescence qu’il avait pu entrevoir lors d’une visite dans la Silicon Valley s’est retrouvé, dit-il, dans une atmosphère «plan-plan où tout le monde se croise mais personne ne se parle».

Il regrette ainsi de ne pas y avoir trouvé l’énergie qu’il attendait d’un tel endroit. «A partir de 18h, il n’y avait presque plus personne dans les couloirs, raconte-t-il. Quant aux afterworks organisés tous les premiers jeudis du mois, c’était de 16h à 17h30, si bien que pas grand monde n’y participait…»

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