Avec une performance depuis le début de l'année de 5,5%, le Delman Swiss Equity Asymmetric semble pouvoir tenir ses promesses: un rendement de 8% par an, en moyenne sur cinq ans. Ce fonds en actions suisses, lancé en novembre 2007 par la société de conseils financiers genevoise Delman et géré depuis Zurich par Mirabaud & Cie, vise en premier lieu à protéger l'investisseur contre les baisses.

Il combine des ventes à découvert, appelées «short» et représentant au maximum 30% du portefeuille, et des positions acheteuses («long»). Ce fonds, un des rares long/short sur les actions suisses, rencontre déjà de l'intérêt: Delman a récolté 5,8 millions de francs et aimerait atteindre 20 millions à la fin de l'année.

Le Temps: Aviez-vous une expérience avec la vente à découvert?

Urs Heinimann: Pas directement. Mais, avec le cogérant de ce portefeuille, Adrian Peter, nous sommes des adeptes de l'analyse fondamentale. Nous sommes donc déjà trouvés en situation de renoncer à investir dans une société parce qu'elle est surévaluée. L'exposition la plus basse que nous pouvions avoir sur un titre était de 0%. Avec une vente à découvert, ce chiffre peut être négatif.

La vente à découvert sur le marché suisse ne représente pas de problème logistique. Mais il vrai qu'il s'agit d'une expérience nouvelle, émotionnellement très différente de l'achat de positions. Nous sommes prudents et très stricts avec les prix cibles d'achat et de vente. Ainsi, nous n'aurions pas pris de position à découvert sur Ciba. Le titre avait déjà souffert, et présentait le risque d'une offre d'achat, ce qui s'est passé avec BASF.

Nous vendons à découvert des entreprises surévaluées qui vont au-devant d'une dégradation de leurs affaires. Par exemple, nous avions pris début mai une position à découvert sur Syngenta. Le groupe agrochimique avait connu une croissance très dynamique, nettement supérieure à la tendance à long terme, et sa valorisation avait atteint un niveau historiquement élevé. Mais nous attendions une baisse des prix agricoles et une correction de l'action. C'est ce qui s'est passé, et nous avons fermé cette position après deux mois.

– Qu'avez-vous fait d'autre ces dernières semaines?

– A fin mai, notre exposition nette au marché actions était très basse, 7%: 10% de positions à l'achat, 3% de ventes et découvert et le reste en liquidités. Les cours de plusieurs sociétés avaient atteint notre cible d'achat. Nous avons donc investi, ce qui a fait remonter notre exposition nette à 30%. En août et septembre, nous avons pris des bénéfices, et l'exposition est redescendue à moins de 20% à fin août. Nous n'avons pas de cible sur cette valeur. Il s'agit d'une conséquence de nos décisions d'investissement. Mais cette exposition basse est une des raisons de notre performance positive. L'autre est le choix des titres.

En août, nous avons augmenté nos positions sur Nobel Biocare et Holcim. Nous pensons que le fabricant d'implants dentaires retrouvera la croissance l'an prochain. Quant au producteur de matériaux de construction, sa valorisation est tombée à un niveau historiquement bas, alors que la baisse des prix de l'énergie et des matières premières aura un effet bénéfique sur ses marges. Nous avons aussi profité d'une valorisation très basse du distributeur et fabricant de médicaments Galenica, moins de 12 fois les bénéfices prévus pour les 12 prochains mois, pour renforcer cette position cet été.

– Comment gérez-vous le fonds?

– Nous sélectionnons des titres de qualité. Nous cherchons des entreprises bien positionnées sur leur marché, présentant une rentabilité élevée et caractérisées par une croissance stable. Avec Adrian Peter, nous suivons les sociétés suisses depuis plusieurs années et faisons notre propre analyse et nos propres prévisions de résultats. Sur les 230 titres du Swiss Performance Index, nous en suivons environ 50. Sur ce nombre, une trentaine sont candidats à l'achat. Le cœur du portefeuille est constitué de six positions clés: Roche, Nobel Biocare, Straumann, Galenica, Synthes et Actelion.

En nous basant sur plusieurs facteurs de valorisation, nous définissons des prix cibles d'entrée et de sortie. Nous achetons quand le cours descend au niveau de la cible d'achat et nous vendons quand il atteint à la hausse celui de la cible de vente. Dans le cas des six positions stratégiques, ce principe s'applique de manière souple. Ainsi, nous ne vendons pas nécessairement l'entier de la position quand la cible est atteinte, mais prenons des bénéfices seulement sur une partie.

Pour les ventes à découvert, nous cherchons des entreprises dont le flottant est d'au moins 500 millions de francs, pour des raisons de liquidité. Cela représente environ une centaine de titres.

– Ces contraintes représententelles une limite au maximum gérable selon cette approche?

–Non. La seule limite est la flexibilité à pouvoir entrer et sortir rapidement sur un titre. Le vrai danger est de ne pas rester fidèle à notre philosophie de gestion, sous prétexte par exemple que les marchés auraient changé de nature.