Trois fabricants d'acier, le français Usinor, le luxembourgeois Arbed et l'espagnol Aceralia, ont signé une lettre d'intention visant à créer, par échange d'actions, le numéro un mondial du secteur. Avec une production annuelle de 46 millions de tonnes d'acier liquide, le nouveau groupe devancerait ses plus importants concurrents, le japonais Nippon Steel (28 millions de tonnes) et le coréen Posco. Cette nouvelle entité réaliserait un chiffre d'affaires de 30 milliards d'euros (46 milliards de francs).

Cette opération doit être avalisée par les autorités de la concurrence. Le nouveau groupe devra sans doute se séparer de certaines de ses activités. Le géant doit voir le jour cet automne. Au terme de l'opération, les actionnaires d'Usinor contrôleront 56,5% du futur groupe, ceux d'Arbed 23,4% et ceux d'Aceralia 20,1%. Le siège du futur groupe sera basé à Luxembourg. Arbed représente l'une des seules industries ayant survécu au paradis financier qu'est devenu au fil des ans le Grand-Duché.

La route de la fusion sera encore semée d'embûches. Au niveau financier, l'opération permettrait d'économiser des centaines de millions d'euros par an. Le volet social est plus flou. Selon les estimations du Figaro, qui a dévoilé le projet samedi, les trois groupes emploieraient ensemble 115 000 collaborateurs. D'après le communiqué officiel, l'effectif ne rassemble déjà plus que 110 000 salariés.

Sites menacés

Une fusion pourrait aussi menacer certains sites de production. En Espagne, Aceralia a par exemple concentré ses usines dans les Asturies, où il est le plus gros employeur industriel du triangle formé par les villes de Gijon, Oviedo et Aviles. Dans cette zone de fabriques créée artificiellement par le dictateur Franco à l'époque où il rêvait d'une Espagne industriellement autonome, les sites du géant Aceralia représentent de coûteux complexes, difficiles à restructurer.

Ce projet signe un nouvel épisode dans la concentration du secteur, motivée par une surcapacité chronique et des prix très bas. Les entreprises sidérurgiques tentent de s'unir afin de dégager des moyens financiers leur permettant d'assurer leurs investissements. En Allemagne, Thyssen, Krupp et Hoesch ont déjà fait le pas. Usinor a mis le grappin sur le belge Cockerill Sambre, pendant que British Steel et le hollandais Hoogovens ont uni leurs forces en 1999 pour créer le groupe Corus.