Technologie

Que va changer l’accord entre Facebook et Universal Music?

En attendant un éventuel accord avec les deux autres majors de l’industrie musicale Warner et Sony, le réseau social place ses pions sur un marché où Amazon, Google et Apple ont déjà fait leur trou

Grâce à l’accord signé avec Universal Music fin décembre, les utilisateurs de Facebook ne verront plus retirées du site leurs vidéos personnelles agrémentées de chansons de Kanye West, Lady Gaga ou Katy Perry, tous des artistes Universal. Le réseau social s’épargne ainsi la colère de la puissante major (un tiers du marché mondial) et les tracasseries légales relatives aux droits d’auteur.

Difficile de croire toutefois que le géant de la Silicon Valley ait déboursé «plusieurs centaines de millions de dollars» (le montant exact n’a pas filtré) pour une affaire de convenance. Les deux parties ont simplement évoqué «de nouvelles expériences fondées sur la musique» dans un communiqué.

Le but, une marge iomportante

«Ce que Facebook essaie de développer, c’est un service offrant une marge importante tout en étant différent de ce qui se fait sur le marché», explique au Temps Mark Mulligan, analyste de l’industrie musicale chez MIDiA Research. «C’est compliqué. Tous les services de streaming audio proposent plus ou moins la même chose et ils perdent de l’argent», ajoute Mark Mulligan, qui s’attend à ce qu’Instagram joue un rôle clé. «Personne n’a encore exploité les opportunités des applications de messageries dans la musique», précise-t-il.

Si un accord avec Warner (l’une des deux autres majors avec Sony) pourrait intervenir rapidement selon Variety, Thomas Jamet, président d’IPG Mediabrands France, ne serait pas étonné que Facebook aille encore plus loin en rachetant à terme les plateformes de streaming musical Spotify ou Deezer. «Ils ne s’interdisent absolument rien, dit-il. Facebook est passé du réseau social, qu’il n’est plus du tout, à quelque chose de beaucoup plus profond, quasiment de l’ordre de la définition de l’identité. Pour moi, Facebook est une sorte de matrice holistique. Ce sera la porte d’entrée de tous vos services, de tout le divertissement et de la vie sociale dans les années à venir.»

Les données, au cœur de la stratégie de Facebook

La musique, comme la vidéo, autre priorité de Facebook, signifie davantage de contenu sur le site et des utilisateurs qui y restent plus longtemps. Un argument fort auprès des annonceurs. Mais la consultation de ces contenus fournit aussi un océan de données. «Il ne faut pas rester sur l’ancien modèle de la publicité, nuance donc Thomas Jamet. On est passé à un autre modèle, celui de la data. L’or noir de Facebook, c’est vous, c’est moi, ce sont les gens qui vont passer sur cette plateforme du temps qu’ils pourraient passer à faire autre chose. C’est cette denrée-là qui va être monétisée.»

«Gardez bien à l’esprit que Facebook empile des quantités massives de données sur chaque utilisateur, avec des informations données volontairement ou pas, confirme Paul Resnikoff, fondateur de Digital Music News. Elles ont énormément de valeur et pas seulement pour les annonceurs.»

Mieux que rien pour l’industrie musicale

Ces données serviront à Universal et aux autres majors une fois leur partenariat conclu avec la firme de Menlo Park. Secouées par le chaos des années 2000, toutes s’adaptent aux nouvelles règles du numérique. «Les fans de musique sont passés sur des plateformes payantes et c’est un accomplissement. L’industrie sait où les trouver désormais, signale Paul Resnikoff. YouTube et Facebook font partie du paysage même s’ils paient bien moins que ce que l’industrie voudrait.»

Les ventes de «disques» aux Etats-Unis ont augmenté de 15% aux Etats-Unis sur la première moitié de 2017 et de près de 6% dans le monde. L’industrie le doit aux sites de streaming par abonnement comme Spotify et Apple Music beaucoup plus qu’à YouTube, qui a signé des accords plus favorables en attendant Remix, son site payant attendu en mars prochain. «YouTube ne paie pas plus parce qu’il n’a pas à le faire. Même si la plateforme ne reversait rien, les artistes y diffuseraient quand même leurs chansons. Aucun artiste, catalogue ou label n’est assez important pour l’empêcher. Ce n’est pas juste mais c’est comme ça», conclut Paul Resnikoff.

Affronter YouTube

Le site de Mark Zuckerberg est dans une position de force similaire. Avec deux milliards d’utilisateurs (Spotify revendiquait 60 millions d’abonnés en juillet 2017), «Facebook est une plateforme absolument incontournable. Universal a besoin de trouver des relais de croissance, d’autres façons de faire écouter ses artistes et de les promouvoir», rappelle Thomas Jamet.

En s’entendant avec Facebook, Universal peut espérer créer un concurrent à YouTube. Mark Mulligan pense notamment à la plateforme Vevo, pilier de la stratégie musicale de la filiale de Google. Voir le service de vidéoclips migrer sur Facebook est une possibilité, considère l’expert.

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