Les chiffres donnent le tournis: le Trésor américain a annoncé qu’il allait émettre pour 3000 milliards de dollars de dette publique lors du seul 2e trimestre 2020. Pour l’ensemble de l’année 2020, le total des nouveaux emprunts de l’Etat fédéral américain devrait avoisiner les 4500 milliards de dollars, plus de 20% du PIB. La même tendance est à l’œuvre dans nombre d’économies développées, alors que les Etats doivent désormais financer les programmes exceptionnels annoncés ces dernières semaines. Mais qui va financer toutes ces dettes?

La première réponse qui vient à l’esprit est évidemment: les banques centrales. Dans le monde entier, les autorités monétaires ont (re)lancé des programmes massifs d’achat d’obligations gouvernementales. Nombre d’entre elles vont également acheter des obligations d’entreprises.

Toutefois, les banques centrales pourraient bien être accompagnées, à leur corps défendant, par les épargnants privés. Nombre d’entre eux vont en effet sans doute également investir dans des obligations d’Etat, directement ou indirectement à travers leur fonds de pension!

Proposition pas vraiment attrayante

«Comment? me direz-vous. Qui donc voudrait prêter à long terme à un Etat qui s’endette à outrance, et percevoir en retour un taux proche de zéro?» La proposition n’a en effet rien d’attrayant en soi mais, comme nous le savons en Suisse, elle l’est (un peu) plus si l’alternative est de laisser ses liquidités à la banque avec un taux à zéro ou négatif. Tous les pays développés, y compris anglo-saxons, sont désormais dans cette situation et le récent plaidoyer de Kenneth Rogoff pour des taux à -3% (ou plus bas!) aux Etats-Unis laisse peu d’espoir quant à la perspective d’un retour «à la normale» imminent…

Il n’y a donc pas d’autre choix, pour envisager des rendements vraiment positifs, que d’investir dans les classes d’actifs dites risquées (actions, obligations d’entreprises ou de pays émergents…). Or celles-ci sont liées à l’activité économique mondiale, qui vient de subir un choc dont la durée et les conséquences sont encore difficiles à évaluer. Ainsi, s’il faut bien prendre des risques pour espérer obtenir du rendement, il faut aujourd’hui faire preuve d’une bonne dose d’optimisme ou de confiance dans le choix des titres pour y investir la totalité de son portefeuille.

Prudence à long terme

A plus long terme, les derniers mois ont sans doute durablement réduit l’appétit au risque de la majorité des investisseurs et pourraient les conduire à devenir plus prudents dans leur allocation d’actifs. Ils pourraient ainsi se retrouver, bon gré mal gré, à financer une partie de la dette des gouvernements. Quoi qu’il en soit, il semble hautement improbable que l’épargne privée soit suffisante et les banques centrales devront être là pour éponger le solde de l’ardoise… La Fed a déjà augmenté de 1500 milliards de dollars son portefeuille d’obligations du Trésor américain en deux mois. Ce n’est que le début.