La perspective d’un vaccin contre le Covid-19 a provoqué l’enthousiasme des marchés. Le laboratoire américain Moderna a indiqué lundi dans un communiqué avoir obtenu des «données intérimaires positives» dans la première phase de développement de son projet de vaccin ARNm-1273 (pour ARN messager-1273). Après cette annonce, le Dow Jones a clôturé avec une hausse de 3,87%, la plus importante sur une séance depuis le début du mois d’avril. De même, le Nasdaq et le S&P 500 se sont appréciés respectivement de 2,44% et 3,15%. Mardi après-midi en milieu de séance le mouvement s’est calmé, avec un Dow Jones à -0,054%, un Nasdaq à +0,72% et un S&P 500 à +0,25%.

La publication de ces résultats préliminaires a également entraîné une hausse du titre de Moderna de 20%. Après la fermeture des marchés, le laboratoire basé à Cambridge (Massachusetts) a également annoncé l’émission de plus de 20 millions de nouvelles actions à 76 dollars l’unité pour un montant total de 1,34 milliard de dollars (1,3 milliard de francs). En janvier, le titre de la société s’échangeait autour des 19 dollars.

Des résultats partiels

Les effets de cette annonce illustrent la fébrilité économique qui entoure la création d’un vaccin. Pourtant, les résultats mis en avant par Moderna restent parcellaires. Selon le laboratoire, huit personnes ayant reçu différentes doses d’ARNm-1273 ont développé des anticorps à un niveau semblable ou supérieur à celui de personnes ayant été malades. Mais il s’agit seulement de données préliminaires, issues de la première phase (sur trois) du développement. Cette première phase teste les effets du vaccin sur quarante-cinq participants en bonne santé âgés de 18 à 55 ans depuis la mi-mars. Elle est menée en partenariat avec l’Institut américain des allergies et maladies infectieuses (Niaid). Pour le moment, les résultats pour l’ensemble des volontaires ne sont pas encore connus et aucune publication scientifique ne vient étayer les déclarations de Moderna.

Traditionnellement, le développement d’un vaccin dure plusieurs années. Moderna bénéficie toutefois d’une procédure de développement accélérée et a déjà obtenu un accord de la FDA (Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux) pour entamer la phase II (qui vise à évaluer l’efficacité du vaccin face à un placebo) de ses essais prochainement avec 600 volontaires. Cette deuxième phase est importante parce qu’elle permet de déterminer l’efficacité du vaccin et sa posologie. Le début de la phase III (test à grande échelle), dont le protocole doit encore être finalisé, est prévu au mois de juillet.

Une concurrence rude

Sur fond de lutte politico-économique pour la mise au point d’un vaccin, cette nouvelle provoque aussi l’enthousiasme des marchés américains face aux possibles retombées économiques de la production de ce vaccin. Moderna est soutenu par le gouvernement américain à hauteur de 483 millions de dollars (469 millions de francs) et son projet fait partie de ceux qui mènent la course en tête au niveau mondial. Selon le suivi réalisé par la London School of Hygiene & Tropical Medicine, il y aurait actuellement 169 projets en cours, mais seuls douze d’entre eux ont commencé les essais sur l’humain (phase clinique).

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Si un de ces projets aboutit, restera la problématique de le produire en grande quantité. Le 1er mai, Moderna annonçait un partenariat avec la firme pharmaceutique suisse Lonza basée à Bâle, qui permettrait de la production d’un milliard de doses par an, en commençant par les sites américains de l’entreprise. Malgré ces annonces encourageantes, il faut souligner que la technique utilisant l’ARN développée par Moderna a uniquement été testée sur des animaux et n’a encore jamais été commercialisée.