Vendredi, c’était au tour d’AstraZeneca de publier ses résultats trimestriels. Le géant anglo-suédois, qui a été l’un des premiers à mettre un vaccin contre le Covid-19 sur le marché, a annoncé une perte de 1,65 milliard de dollars au troisième trimestre 2021 pour l’ensemble de ses activités, contre un bénéfice de 651 millions pour la même période en 2020. Explication de son directeur, Pascal Soriot: «Les coûts des ventes ont triplé sur un an, les coûts de recherche ont doublé et le groupe a un impôt exceptionnel de 350 millions de dollars.»

AstraZeneca, une perte exceptionnelle

Le patron d’AstraZeneca souligne encore que désormais l’entreprise allait se mettre sur la voie de la rentabilité avec l’arrivée de nouvelles commandes de vaccins anti-Covid-19. Elle sera modeste pour les livraisons au quatrième trimestre, qui se feront encore sur les termes de contrats à prix coûtants. «Nous voulons que notre vaccin reste abordable pour les pays en développement, a-t-il déclaré, cité par l’AFP. Dans tous les cas, les bénéfices que le laboratoire compte tirer du sérum seront beaucoup plus faibles que ce que vous voyez ailleurs.»

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«Globalement, les entreprises pharmaceutiques liées au Covid-19 (vaccins) présentent des résultats satisfaisants, commente Jérôme Schupp, analyste financier chez Prime Partners et spécialiste de la pharma. En ce qui concerne AstraZeneca, les pertes annoncées vendredi matin sont de nature exceptionnelle.» Le chiffre d’affaires du groupe a grimpé de 50%, à 9,87 milliards de dollars, y compris 2,2 milliards pour le segment vaccin contre le covid. Sur l’année, l’activité vaccin du groupe a aussi connu quelques déboires, notamment des doutes sur son efficacité et des restrictions quant aux tranches d’âge pour l’inoculer.

Jérôme Schupp rappelle qu’au début de la course aux vaccins anti-covid, il y avait plus d’une centaine de projets. «Mais la grosse majorité, et même ceux des grandes entreprises comme GlaxoSmithKline et Sanofi n’ont pas abouti, dit-il. A présent, le marché compte une dizaine de vaccins réputés efficaces contre le virus, qui continue à sévir dans le monde. Il est normal que ces derniers soient rentables.»

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C’est ainsi que l’allemand BioNTech a réalisé un chiffre d’affaires de 6,08 milliards d’euros au troisième trimestre 2021, contre 67,5 millions pour la même période l’an passé. Son partenaire américain Pfizer a annoncé un chiffre d’affaires de 14 milliards de dollars au troisième trimestre (pour tous ses vaccins) contre 1,7 milliard pour l’an dernier. Pour Moderna, le chiffre d’affaires est de 5 milliards de dollars contre 157 millions pour la même période en 2020.

L’action de Moderna a surréagi

«Les bons résultats n’empêchent pas des parcours boursiers différents, poursuit Jérôme Schupp. C’est le cas notamment de Moderna qui, depuis des années, accumulait des pertes comme tant d’entreprises biotechs, dit-il. Elle se finançait sur le marché pour la Recherche & le Développement dans l’espoir de développer un produit à succès.»

Le succès est arrivé l’an passé avec son vaccin à ARN messager et son action a explosé. Pour l’analyste, les investisseurs ont même surréagi dans la mesure où sa capitalisation boursière a dépassé celles de géants comme Novartis et Roche alors même que l’entreprise n’avait qu’un seul produit.

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Depuis lors, il était prévisible que son action réagisse fortement à toute information dans le secteur. La semaine passée, celle-ci a perdu environ 40%, en raison d’abord de perspectives 2022 inférieures aux attentes, puis en raison de l’annonce par Pfizer de résultats excellents concernant le développement d’un traitement antiviral contre le Covid-19.