Des dizaines de laboratoires américains, européens et autres travaillent pour trouver un vaccin contre le Covid-19. Si les recherches aboutissent, une partie d’entre eux se tourneront vers l’Inde pour la production. Notamment vers le Serum Institute of India qui fabrique déjà 1,5 milliard de vaccins administrés dans le monde. Entreprise peu connue, mais leader dans son domaine, elle a déjà mis la chaîne de production en marche pour le compte de l’Université d’Oxford, dont les recherches sont parmi les plus probantes à ce jour et qui s’est associée avec la firme pharmaceutique AstraZeneca pour la production et la distribution.

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Même si le vaccin d’Oxford doit encore passer les essais cliniques, le producteur indien se dit prêt à produire 50 millions de doses par mois. «Nous devons prendre ce risque en ces temps de crise, sinon nous aurons un an de retard et cela serait dramatique», a déclaré Adar Poonawalla, le patron du Serum Institute of India, début juillet à la RTS. Sa priorité va aujourd’hui à un vaccin contre le Covid-19. Mais ses usines, sises à Pune, ville universitaire et industrielle à deux heures de Bombay, fournissent normalement des vaccins contre la pneumonie, la rougeole ou la tuberculose, entre autres.

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Incontournable

Le Serum Institute of India n’est toutefois qu’un acteur de l’industrie pharmaceutique indienne qui, au fil des années, est devenue incontournable à l’industrie de la santé mondiale. Elle joue un rôle secondaire dans la recherche en interne – même si les chercheurs indiens travaillent par milliers pour les grandes multinationales en Inde, en Europe et aux Etats-Unis. Mais elle fournit 50% des vaccins du monde. Aussi, premier producteur de génériques, elle satisfait 40% de la demande aux Etats-Unis et 25% au Royaume-Uni. Près de 80% des antirétroviraux utilisés dans le monde pour traiter le sida sont d’origine indienne. Des entreprises indiennes fournissent également des composants, par exemple les ingrédients actifs du paracétamol et de l’hydroxychloroquine aux multinationales, même si elles-mêmes doivent importer une grande partie des matières premières de Chine.

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L’industrie pharmaceutique indienne doit toutefois son succès d’abord à la taille de son marché national. Celui-ci est soutenu par un programme gouvernemental qui finance l’accès aux médicaments pour 500 millions de personnes. La classe moyenne dépense pour sa part de plus en plus pour sa santé.

Les peines de Novartis

En début du mois, Le Petit Journal, média en ligne qui s’adresse aux expatriés français dans le monde, a consacré un dossier sur la santé en Inde. Il fait état de la ville peu connue de Baddi, dans le nord du pays. Avec 243 unités de production, elle serait le plus grand centre de médicaments et de vaccins en Asie et représente entre 35 à 40% de la production indienne. Dans l’ensemble, le secteur emploie 2,7 millions de collaborateurs.

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Le marché indien est aussi un eldorado pour les firmes étrangères, même si elles ont de temps en temps maille à partir avec la législation indienne, notamment en matière de protection de la propriété intellectuelle. Le géant suisse Novartis en a fait l’expérience dans les années 2000, les autorités lui refusant de renouveler la protection du brevet pour l’un de ses médicaments phares contre le cancer.