«Tout est très fragile», «on est limite», «nous tenons le choc à Hongkong car nous offrons des produits haut de gamme». Juan Carlos Torres, directeur général de Vacheron Constantin, n’a pas pour habitude de pratiquer la langue de bois. «Si survenait un nouveau problème économique, par exemple une monnaie qui s’effondre, nous serions vraiment heurtés et nous pourrions nous trouver en surproduction. Il faudrait alors prendre les décisions qui s’imposent», a-t-il expliqué au Temps en marge du Salon International de la Haute Horlogerie (SIHH) qui se tient cette semaine à Genève.

Présent depuis 35 ans dans la manufacture horlogère, son patron pourrait se montrer plus optimiste. Vacheron Constantin, en mains du groupe Richemont, continue apparemment à faire des étincelles sur son premier marché, la Chine, où «étonnamment il affiche une forte croissance». Une performance en grand décalage avec maints horlogers qui, dans l’Empire du milieu, font plus que jamais le gros dos.

Comment expliquer les raisons de ce succès? Quelques indices: avec sa trentaine de points de vente en Chine, la marque genevoise y est solidement implantée, assurant un service après-vente qu’elle a pris soin de développer. Parmi les 17 boutiques situées dans plusieurs villes du pays, cinq horlogers qualifiés assurent le suivi avec la clientèle. Cela sans compter les horlogers qui, dans le back-office, se chargent de l’entretien et de la réparation des montres, des plus simples aux plus compliquées.

Par ailleurs, contrairement à certains de ses concurrents, souligne Juan Carlos Torres, «la marque ne véhicule pas l’image de la corruption» qui s’affiche au poignet et que les Chinois affirment vouloir combattre. Est-ce tout simplement parce que les montres sont trop chères pour servir de cadeaux aux princes rouges? Avec seulement 30 000 pièces vendues annuellement à un prix catalogue compris entre 18 000 et 2 millions de francs, la manufacture joue la carte de la discrétion, dans son allure comme dans son marketing. Les montres ne sont pas chargées de couleurs et de pierres rutilantes qui les rendraient ostentatoires. Enfin, la communication qui les soutient se veut ni forte ni agressive. «La lutte contre la corruption, nous l’avons certes ressentie mais elle s’est limitée à un petit coup d’arrêt», ajoute Juan Carlos Torres qui ne prétend tout de même pas échapper à une tendance générale. Quant aux autres marchés, ils sont dans l’expectative. Aux Etats-Unis, le deuxième le plus important, «on est dans l’attente de la présidentielle». En Europe, notamment en France, les attentats sanglants ont dissuadé des acheteurs potentiels.

Second souffle

Dans cet environnement global bardé d’incertitude, Vacheron Constantin aborde 2016 en prenant son second souffle. L’entreprise maîtrise désormais son approvisionnement et produit l’ensemble de ses assortiments et organes réglants de manière traditionnelle. A l’occasion du SIHH qui se tient à Palexpo, elle mise notamment sur l’élégance sportive de ses nouveaux modèles Overseas, tous certifiés du Poinçon de Genève.

Si survient une tempête, la manufacture qui s’est sérieusement consolidée ne devrait donc pas se battre en étant mal armée. Forte de ses 1200 collaborateurs, elle mettra la pédale douce dans sa politique de recrutement après avoir engagé une centaine de personnes. C’était en 2015, encore une année bonheur. La dernière?

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