Le Temps: Participerez-vous à la vague de rachats?

Jacques de Saussure: Nous continuerons à privilégier l'autonomie et la croissance interne. Il n'y a pas de rachats à l'ordre du jour. Nous voulons en outre éviter que nos prestations soient perturbées par de telles opérations.

– Pictet se regroupera dans son nouveau bâtiment des Acacias d'ici à 2006. La banque a supprimé 3% de ses effectifs cette année. Occupera-t-elle moins de place que prévu?

– A court terme, la capacité du nouveau bâtiment, qui est de 2000 collaborateurs, excède nos besoins. A Genève, nous sommes près de 1300. Nous avons prévu un potentiel supérieur à l'effectif actuel, ce qui est normal puisque nous occuperons ces locaux à long terme.

– N'est-il pas gênant pour une banque privée de se trouver excentrée aux Acacias?

– C'est une décision courageuse. Mais cette notion de centralité est relative. Lorsque nous étions arrivés à Georges-Favon, on avait cette même impression qu'on s'aventurait très loin du quartier des banques. Mais nous avions vite été suivis, notamment par Darier & Cie. Là, c'est un peu le même exercice. Le pôle d'expansion de la ville est clairement dans cette direction. En termes de transport, cette région devient plus accessible que le centre.

– Mais elle n'a pas le même prestige pour accueillir la clientèle privée…

– Le métier change, la clientèle évolue. Nous devons de ce fait anticiper les évolutions nous aussi. Même Georges-Favon n'était pas notre «centre historique». Ce dernier était sis au 3, cour de Saint-Pierre.

– Les grandes banques développent une forte implantation en Europe. Ne suivrez-vous pas le mouvement?

– La question de l'onshore est encore ouverte car les grandes banques ont consenti de gros investissements mais le succès de ces initiatives n'est pas encore prouvé. Pour nous, créer des infrastructures onshore serait coûteux. Nous arriverions comme xième acteur sur des marchés concurrentiels, ce qui est une gageure. En revanche, de nombreux nouveaux clients qui ont créé des fortunes dans des villes où les prestations bancaires ne sont pas au niveau de leurs attentes sont prêts à se déplacer pour trouver des prestataires haut de gamme et se tournent vers des centres financiers historiques comme Genève. Il n'y aura à l'avenir que quelques centres qui regroupent les compétences financières, juridiques, fiscales et technologiques.

– Dans quels secteurs avez-vous réduit les coûts?

– Nous avons réduit les coûts directs d'acquisition de matériel et de prestations externes, les voyages, les annonces dans les journaux, et le budget marketing. Un effort de focalisation a permis de réduire l'activité dans certains secteurs moins rentables et n'offrant pas de perspectives à long terme.

– Avez-vous outsourcé votre informatique?

– Non, ce n'est pas exact. Nous ne nous appuyons pas uniquement sur des solutions externes. Mais la complexité d'une banque comme la nôtre exige des solutions partiellement développées à l'interne et à l'externe, dans le cadre de partenariats. Si d'autres banques choisissent un fournisseur global, nous privilégions quant à nous un produit qui touche au cœur des activités bancaires, mais en l'adaptant à notre utilisation propre.

Il n'est pas question d'outsourcer l'informatique pour l'ensemble des fonctions.

– Vos activités de courtage (brokerage) ont-elles beaucoup souffert lors de la crise?

– Bien que les recettes aient considérablement diminué, le brokerage est resté rentable pour nous. Cette activité est notoirement cyclique, cela n'est pas nouveau. Nous l'avons toujours gérée avec rigueur. Nous n'y employons qu'une cinquantaine de personnes, contre 400 personnes pour Julius Bär (qui vient de vendre cette activité à perte, ndlr). Un redimensionnement significatif n'a donc pas été nécessaire.

Le brokerage sera rendu autonome par sa filialisation afin d'éviter les conflits d'intérêts.