Comme un samedi de printemps. Sauf que c’était un lundi. Déserté depuis mi-mars, le parking du Do it + Garden de Migros, à Carouge, a repris vie hier. Une longue file d’une cinquantaine de personnes attendait patiemment au soleil de pouvoir pénétrer dans le centre de jardinage et bricolage. Des barrières avaient été dressées pour les diriger. Au sol, des lignes avaient été tracées pour respecter les distances. Tandis que de l’autre porte sortaient des acheteurs contentés, leurs chariots chargés de terreau, d’arbustes fleuris, de citronniers, de plants de légumes ou de chaises de jardin.

Cela faisait exactement six semaines que les amateurs de jardinage et de bricolage étaient privés de matériel et de plantons. Pour leur réouverture, ces commerces ont donc été pris d’assaut. Sur les réseaux sociaux, les instantanés de cette ruée n’ont pas manqué. Aux alentours de Hornbach à Bienne par exemple, une file de véhicules de plusieurs centaines de mètres a été constatée sur la route cantonale voisine. Même type de scène à Niederwangen, près de Berne, relatait l’ATS. L’afflux a été tel que les responsables ont dû temporairement bloquer l’accès au parking.

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L’e-commerce gagnera des fidèles

Pourquoi ne pas avoir commandé en ligne? A Carouge, c’est pour pouvoir lui-même choisir ses plantons de tomates et de concombres que ce quadragénaire a décidé de braver la file d’attente: «Il faut pouvoir voir la plante, ses défauts, pour éviter les mauvaises surprises. Et puis je me méfie des délais de livraison.»

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L’attente, justement. Pour tous les autres commerçants, il faudra attendre deux semaines – le 11 mai – avant de pouvoir rouvrir. Mais déjà, les pertes commencent à être estimables. Le commerce de détail non alimentaire devrait accuser des manques à gagner de l’ordre de 20%, par rapport à l’année dernière, selon une étude de Credit Suisse publiée lundi. Une perte sur le chiffre d’affaires de 15% sera à déplorer en raison des fermetures et de gains de parts de marché du commerce en ligne. Les derniers 5% seront liés au fait que le marché du travail va se détériorer. L’incertitude économique aura des effets négatifs sur le climat de la consommation.

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La banque note aussi qu’en dépit de l’utilisation du chômage partiel, le nombre de demandeurs d’emploi dans le commerce de détail a grimpé de 15% entre février et mars. Soit presque 1200 personnes. D’où l’inquiétude de l’Union suisse des arts et métiers (USAM). Et sa menace, depuis vendredi, de porter plainte contre Coop et Migros. Selon la faîtière des PME suisses, il s’agit d’une concurrence déloyale de la part des distributeurs, qui ont continué de vendre des produits qui ne sont pas de première nécessité, depuis un mois et demi, malgré les interdictions.

«C’est un peu tard»

«Migros n’est pas la police, réagit le porte-parole du distributeur. Les articles bloqués sont clairement signalisés et 99% des clients respectent cette règle.» Des actes isolés? C’est possible, admet-il, en soulignant l’extrême complexité de s’être conformé au respect des règles édictées par les différentes polices cantonales, article par article, filiale par filiale. «L’objectif n’est pas de réaliser du chiffre sur ces quelques ventes, conclut-il. Nous aussi sommes pour la réouverture des autres commerces, nous avons tout à y gagner pour nos succursales dans les centres commerciaux. Et nous avons aussi des enseignes, comme SportXX, qui sont fermées depuis plusieurs semaines.»

Reste que, comme le pressent Credit Suisse, un rattrapage des six semaines de fermeture paraît difficile à imaginer. A Carouge, une retraitée aura patienté quarante minutes pour finalement ne repartir qu’avec deux pots de géraniums. «Je n’ai pas trouvé tout ce que je voulais, les fleurs étaient en mauvais état. C’est un peu tard dans la saison.» Une fleuriste du centre-ville était, elle, venue acheter un peu de matériel avant la réouverture de sa boutique, mardi. Elle ironise: «J’espère qu’il y aura autant de monde dans mon magasin qu’ici.»