Dix mille sept cents emplois supprimés sur deux ans. Le plan de restructuration annoncé mercredi par le groupe Goodyear aurait en d'autres temps secoué par son ampleur. L'annonce du fabricant de pneumatiques se perd aujourd'hui dans la longue liste des suppressions d'emplois présentées ces derniers mois par les entreprises américaines.

A première vue, les statistiques ne semblent pas sensibles à cette vague de licenciements. Le taux de chômage en janvier de cette année s'élève à 4,2%, par rapport à 4% en décembre 2001. Des niveaux éloignés des sommets atteints durant la dernière décennie (7,7% en juillet 92). Cependant, au cours du dernier trimestre, la productivité du travail aux Etats-Unis s'est accrue en rythme annuel de 2,4%, bien loin des 4,3% atteints sur l'année 2000. Après neuf années de prospérité, le miracle d'une productivité américaine continuant indéfiniment à croître, et cela à un rythme soutenu, s'éloignerait-il? Il semble de plus en plus évident que les décideurs, désireux de maintenir leurs profits et leur productivité, soient appeler à diminuer leurs coûts, c'est-à-dire à licencier un nombre important de travailleurs.

A cette logique économique s'ajoute une autre explication. Certains mettent en avant le résultat inévitable des progrès engendrés par la Nouvelle Economie. BusinessWeek parle, dans son dernier numéro, de la «mathématique cruelle» engendrée par la révolution technologique. Les énormes investissements consentis par les entreprises durant les années 90 dans les technologies de l'information ont en effet permis d'importantes créations d'emplois. La mise en place de réseaux informatiques, ainsi que la présence évidente des compagnies sur la Toile, ont dicté l'engagement d'un fort personnel.

Ces mêmes entreprises tentent aujourd'hui d'absorber ces investissements. Certes, des arguments traditionnels, tels que la surcapacité d'un marché (automobile) ou le besoin de diminuer les coûts après une fusion (AOL-Time Warner), expliquent toujours ces licenciements. Cependant, cette combinaison d'explications à la fois traditionnelles et tirées de la Nouvelle Economie se présente comme un cocktail explosif, ouvrant sur des perspectives peu reluisantes dans certains secteurs.

La finance (Credit Suisse First Boston), les médias (CNN) ou la distribution ont plus particulièrement participé au boom technologique des années 90. Ces domaines ont à la fois engagé et investi dans les technologies de l'information. Aussi longtemps que l'euphorie prévalait, aucun argument ne dictait de mettre un frein à cet engouement. Le ralentissement économique réclame aujourd'hui à ces entreprises de tirer le maximum de l'effort financier consenti. Une sagesse inquiétante pour le marché de l'emploi américain.