Tandis que le canton de Genève abandonne le New Public Management et s'achemine vers un système de cahier des charges pour les services (lire Le Temps Emploi et Formation du 23 février 2001), le canton du Valais persévère dans sa démarche. Le gouvernement et le parlement ont décidé de prolonger de deux ans les projets pilotes et d'élargir encore l'utilisation de la Nouvelle gestion publique (NGP). Ainsi, l'expérience concerne maintenant la Haute école spécialisée, ainsi que plusieurs services: ceux des routes et des cours d'eau, de l'agriculture, de la sécurité civile et militaire, des bâtiments et monuments historiques, celui enfin de la santé publique. Autant de services qui représentent un tiers du budget cantonal. Vif et enthousiaste, Franz König, le directeur du Centre de management public valaisan, s'explique sur ces réformes «dont le gouvernement et le parlement sont les véritables promoteurs» et qu'il estime «irréversibles».

– Le Temps: Comment expliquez-vous la détermination de l'Etat du Valais à poursuivre sur la voie de la Nouvelle gestion publique?

– Franz König: L'enjeu principal de la NGP, et c'est cela qui nous motive, peut se résumer en une phrase: davantage de direction et moins d'administration. Les réformes visent donc avant tout à renforcer la direction du secteur public au niveau politique - cela concerne le parlement -, stratégique - cela touche le gouvernement - et opérationnel en ce qui concerne l'administration. Tout cela implique l'apprentissage d'une nouvelle culture, puisque l'on passe d'un système de gestion bureaucratique à un modèle de direction avec des mandats de prestations et des objectifs. Au-delà des expériences globalement positives réalisées depuis bientôt quatre ans en Valais, un autre fait nous conforte dans nos choix. Nous ne sommes de loin pas les seuls à suivre la voie de la NGP: des réformes analogues sont menées dans une vingtaine de cantons et à la Confédération. Zurich, Berne, Lucerne ou le canton d'Argovie ont déjà décidé de généraliser la NGP à l'ensemble de l'administration.

– Est-il vraiment possible de fixer des objectifs à tous les services, y compris dans les domaines sociaux et l'éducation?

– A mon sens, oui. Tout dépend des critères de qualité et de performance retenus, qui doivent être pertinents et négociés avec les acteurs concernés. Mais si l'on exige du personnel de l'Etat qu'il fournisse telle prestation ou telle qualité, cela vaut autant pour un instituteur, qu'un directeur de musée ou un cantonnier. Prenons l'école par exemple. Les inspecteurs, et c'est leur rôle, doivent pouvoir contrôler la pertinence de programmes scolaires, que ce soit en mathématiques ou en latin, ils peuvent évaluer comment les cours sont données et quels sont les résultats obtenus. Des batteries d'indicateurs sont à disposition pour cela. Evidemment, la NGP est plus exigeante sur le plan de la qualité, mais cette nouvelle culture a le mérite d'apporter plus de transparence dans l'action politique et la gestion administrative. Elle favorise donc l'intérêt et la confiance des citoyens, et contribue à améliorer la qualité des prestations.

– Avec la NGP, on a beaucoup parlé de l'autonomie des services. Est-elle réellement possible?

– Il n'est absolument pas question de donner une compétence opérationnelle illimitée aux services, même si ceux-ci disposent de pouvoirs plus étendus en matière financière et dans la gestion du personnel. En fait, on n'exige plus seulement d'un service qu'il fonctionne, une année durant, avec le budget qui lui est alloué et qu'il applique strictement la législation. On lui demande de réaliser un certain nombre d'objectifs définis par le parlement et le gouvernement; de respecter des standards de qualité et des critères de performance. C'est bien plus exigeant.

– Quelles sont, selon vous, les conditions indispensables pour la réussite des opérations?

– Si les réformes sont conçues uniquement comme un exercice d'économies, elles sont vouées à l'échec. Et l'introduction d'un modèle de direction performant n'est possible qu'avec une farouche détermination du parlement et du gouvernement. Evidemment, il n'est pas si facile d'intégrer une nouvelle culture, mais pour ma part, j'estime que le citoyen a droit à une action politique mieux contrôlée et évaluée. Ce qui n'est évidemment pas synonyme d'un démantèlement du secteur public.

Propos recueillis par Catherine Dubouloz