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matières premières

«Vale est très attaché à la région, même si d’autres pays tentent de nous attirer»

La multinationale réaffirme ses liens avec la Suisse. Mais sans offrir de garantie pour le futur. Le bâtiment de Saint-Prex est occupé à un tiers

Opération charme pour Vale. Jeudi soir, le grouper minier brésilien, basé à Saint-Prex, conviait six représentants de la presse romande, dont Le Temps, au Beau-Rivage Palace de Lausanne. Au programme, un apéritif et un menu quatre plats. Et surtout la volonté, de la part de la multinationale, de parler de développement durable. Mais aussi, en insistant un peu, d’imposition fiscale et de sa vision de la Suisse. La veille au soir, les représentants de la multinationale avaient rencontré la presse alémanique à Zurich. Extrait de 3h30 de discussion dans un salon de l’hôtel lausannois.

Les impôts réclamés? «Du passé»

Fin 2012, Vale acceptait de payer 212 millions de francs d’impôts supplémentaires suite à l’intervention des autorités fédérales. «Nous n’étions pas d’accord avec cette somme car nous estimions que nous avions rempli toutes les conditions. Nous devions par exemple investir quelque 6 millions dans notre siège de Saint-Prex, or il nous a coûté 50 millions. Mais nous avons décidé de payer ces 212 millions sans faire d’histoire. C’est du passé», assure Fidel Blanco, président du conseil d’administration. Pour lui, cette décision a eu un côté positif. «Nous n’avions auparavant quasiment aucun contact avec les autorités cantonales et fédérales. C’est désormais chose faite et tout se passe très bien.»

L’exonération de 80% sera valable jusqu’en 2015. Que se passera-t-il ensuite? «Impossible de le dire. Il faudra renégocier avec les autorités. Nous sommes très attachés à la région, même si d’autres pays tentent de nous attirer.» Vale, qui se dit très sensible à son image, se défend d’avoir choisi la Suisse pour des raisons purement fiscales. «Bien sûr, le taux d’imposition est un facteur important, poursuit Fidel Blanco. Mais les liens tissés avec l’EPFL, le réservoir de personnel et la stabilité de la Suisse sont des éléments aussi cruciaux.» Marcio Senne de Moraes, chef des Affaires institutionnelles pour l’Europe et l’Amérique du Nord, affirme: «Nous payons ce qui est juste.» Vale ne communique pas le montant total des impôts versés en Suisse.

La nouvelle taxation intervenue en 2012 et la réforme de l’imposition sur les multinationales ne déstabilisent-elles pas Vale? «Pas du tout, car les mêmes changements ont lieu dans l’Union européenne. Il n’y a pas de spécificité suisse», assure Marcio Senne de Moraes. Et Fidel Blanco d’insister: «Nous sommes très bien à Saint-Prex. Et notre situation géographique me permet de beaucoup voyager en Europe pour rencontrer nos clients, avec lesquels j’ai souvent des relations personnelles, tissées sur des années. Lorsque des représentants de sociétés me posent des questions sur la Suisse, je leur parle en bien de ce pays.» L’homme préfère ne pas commenter les 13 milliards de dollars réclamés actuellement par le Brésil à Vale pour ses profits réalisés à l’étranger.

De la place au siège de Saint-Prex

Aujourd’hui, Vale compte 92 employés dans le village vaudois. «Nous étions une centaine il y a peu, avec 30 nationalités. Il y en a aujourd’hui 16 différentes. L’évolution des affaires nous a contraints à réduire légèrement notre personnel ici – une réduction similaire a eu lieu à notre siège de Rio», explique Fidel Blanco. Du coup, le bâtiment de Saint-Prex, inauguré en 2006 et prévu pour accueillir 300 employés, est en partie vide. «Nous songeons à peut-être en louer une partie, mais rien n’est décidé, poursuit le président. Les affaires peuvent très vite reprendre et nous pourrions engager du personnel supplémentaire.»

Vale compte aujourd’hui 130 000 employés dans 30 pays pour une capitalisation boursière de quelque 85 milliards de dollars. «Nous sommes numéro trois derrière BHP Billiton et Rio Tinto. Nous voulons progresser encore, même si actuellement la demande pour le fer [spécialité de Vale, ndlr] est moins importante. Mais je suis optimiste», dit Fidel Blanco.

Une image à défendre à l’extérieur

En 2012, Vale avait reçu le Public Eye Award, remis par la Déclaration de Berne et Greenpeace à la «pire entreprise de l’année». Une nomination peu du goût de ses dirigeants. «Il y a des ONG dogmatiques qui écrivent des rapports sans s’intéresser aux sociétés, c’est dommage. Par contre, il y en a d’autres, plus pragmatiques, qui cherchent vraiment à savoir comment nous agissons», estime Marcio Senne de Moraes.

Fidel Blanco poursuit: «Ce prix m’a beaucoup fâché. Je reçois chaque année des formulaires très complets de clients et fournisseurs nous interrogeant sur notre responsabilité sociale et environnementale. Ce sont des rapports très complexes pour lesquels je dois mobiliser jusqu’à huit départements. Croyez-moi, nous faisons très attention à nos actions et à leurs conséquences.»

Jeudi soir, la multinationale a aussi voulu montrer ses engagements. «En 2012, nous avons dépensé 1,3 milliard de dollars rien que pour des actions en faveur des populations indigènes et l’environnement. Et chaque milliard investi l’est de manière durable», assure le président.

Un exemple? «Au Mozambique, nous sommes en train de dépenser plusieurs milliards de dollars pour construire un projet intégré d’exploitation minière (mine, chemin de fer, port). Or, nous permettrons, à bon prix, aux Mozambicains d’utiliser cette ligne pour le transport de denrées alimentaires, de passagers, etc. Nous voulons vraiment être un acteur du développement local, en contribuant aussi à la formation d’employés et de fournisseurs locaux», affirme Marcio Senne de Moraes.

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