Les petites et moyennes entreprises ont connu historiquement des performances plus modestes que les grandes multinationales. Cela a été le cas durant de nombreuses années, avec une exception pour 1993. Cet écart de performance trouvait deux explications. Tout d'abord, les leaders d'industrie se montrent plus résistants aux retournements de cycle par leur diversification d'activités et géographique. Ensuite, leur taille permet des gains réguliers de parts de marché et la réalisation d'économies d'échelle plus importantes. Depuis le début de 1999 et jusqu'à aujourd'hui, nous assistons à un retournement brutal et continu des performances des petites et moyennes valeurs. La reprise conjoncturelle entraîne une relance des activités des petites sociétés industrielles. Mais aussi et surtout, l'explosion de l'innovation dans les technologies médicales et de l'information permet à de petites sociétés de connaître une expansion fulgurante. Ceci est particulièrement le cas dans les secteurs de la biotechnologie, du software, des technologies de l'information et des télécommunications. L'explosion des croissances de bénéfices réalisées ou anticipées s'accompagne d'un engouement sans précédent des investisseurs pour ces secteurs. Les capitalisations boursières ainsi créées permettent même à certaines valeurs d'espérer accéder au statut de blue chips et être admises dans les grands indices boursiers qui servent de référence aux gestions d'actifs mondiales.

Fonctionnement des grands indices actions

Les indices de grandes valeurs comme le SMI ou les MSCI Suisse et Europe sont des marques déposées, enregistrées et légalement protégées dans tous les pays du monde. Leurs propriétaires ont un intérêt à les faire connaître et les imposer comme benchmark de référence en matière de gestion ou calcul d'instruments dérivés. Pour cela, les indices doivent être fiables, continus et surtout représentatifs d'un marché. Ils ont des règles strictes en matière de mode de calcul et d'ajustements opérationnels. Les conditions d'admission de nouvelles sociétés dépendent de plusieurs facteurs comme la capitalisation, la liquidité, le «free float» ou la représentativité par secteur. Pour le SMI, par exemple, la capitalisation minimale doit représenter au moins 0,5% de celle du marché suisse dans son ensemble. Ensuite, le coefficient de liquidité (volume de transactions en pourcentage de la capitalisation) doit représenter au moins 50% de celui de l'ensemble du marché. Aucun critère de représentation sectorielle n'est pris en compte, contrairement au MSCI qui a pour objectif supplémentaire de représenter 60% de la capitalisation des grands secteurs d'un marché. C'est pour cette raison que l'on y retrouve plusieurs petites valeurs suisses dans la construction, les machines ou la consommation.

Souci de représentation sectorielle

La forte hausse des valeurs technologiques incite les grands indices à être représentés dans ce secteur. Or, ce dernier est encore très fragmenté, avec la présence de nombreuses sociétés de petite taille. Les blue chips pénalisent souvent l'entrée de nouveaux noms, en particulier en Suisse, où le marché est très concentré en termes de capitalisation et de liquidité sur les grandes valeurs défensives et financières. C'est pourquoi les indices prennent progressivement en compte le critère de représentation sectorielle. MSCI a annoncé en novembre passé une redéfinition de ses secteurs en créant un secteur «technologie de l'information» regroupant les industries du software et des équipementiers technologiques. Les indices «Financial Times» ont été revus récemment. Enfin, des réflexions sont en cours pour adopter des conditions d'admission plus souples dans le SMI. Ces changements offrent aujourd'hui la possibilité à des moyennes entreprises en forte expansion de rentrer dans les grands indices et de profiter des avantages qui y sont liés, comme la publicité, la reconnaissance commerciale, et une valorisation boursière plus généreuse. En exemple, souvenons-nous de l'explosion des cours boursiers des sociétés technologiques comme Sage ou Logica à l'annonce de leur inclusion dans le MSCI Europe.

Candidats suisses pour le SMI et le MSCI

A l'exception d'IPO importantes ou de «Spin off», les nouvelles admissions sont effectuées en octobre pour le SMI et en novembre pour les MSCI. Au nombre des candidats apparaissent des noms comme Richemont, Julius Baer, Kudelski, Ares Serono ou Oerlikon-Bührle. Les deux premières sociétés sont actives dans des secteurs dits traditionnels. Elles ont toutes deux une stratégie de concentration et de développement dans des secteurs porteurs comme les biens de luxe pour Richemont ou la gestion d'actifs pour Baer. Les trois autres sociétés sont des «success stories» récentes dans les secteurs de la technologie et de la biotechnologie. Kudelski connaît aujourd'hui un développement impressionnant dans les systèmes de télévision numérique et la sécurisation des données pour les systèmes mixtes TV Internet. Ares Serono demeure leader mondial dans le domaine de l'infertilité et dispose d'un pipeline prometteur de produits recombinants. Enfin, Bührle reste très bien positionné pour profiter de la croissance impressionnante dans les applications pour les disques d'enregistrement des données, mini-disques, CD, DVD et écrans plats.

Ce sont des candidats sérieux pour les prochaines révisions des grands indices. Pour le SMI, les conditions d'admission doivent être remplies durant les quatre derniers trimestres avant la révision. Cette année, aucune ne répond strictement à ces critères sur toute la période. Néanmoins, un assouplissement des règles, souhaité et attendu par beaucoup, permettrait déjà de les inclure en octobre ou ce sera partie remise en 2001. Parmi ces valeurs de croissance se trouve certainement une blue chip de demain. Nous pensons en particulier à Kudelski.

* Responsable chez BNP PARIBAS de la gestion des fonds actions suisses et valeurs financières européennes.