Aviation

La valeur des jets privés est en chute libre

Certains avionneurs se livrent une intense guerre des prix. Les réductions peuvent atteindre 25%. De plus, les appareils revendus connaissent une dépréciation de 45%, soit plus du double que d’habitude

L’aviation d’affaires est toujours dans l’attente d’une reprise. Le prochain salon Ebace, dédié aux professionnels de cette industrie et qui se tiendra du 22 au 24 mai à Genève, devrait s’inscrire dans un climat identique à celui de 2016. «L’humeur n’est de loin pas encore à l’euphorie», résume Clément Lauriot-Prévost, directeur associé de NetJets Europe, filiale du milliardaire américain Warren Buffet, qui détient plus de 7000 appareils à l’échelle mondiale. Même son de cloche du côté des fabricants et sur le marché de la revente d’appareils.

Recul des demandes suite à la crise des «subprimes»

Suite à la crise des «subprimes», la demande pour les jets privés a considérablement reculé. Mais le secteur a connu un nouvel élan après 2011, suivi d’un fragile retour à la «normale», qui se fait encore attendre. Le dernier consensus ne table pas sur un retour à la croissance avant l’année prochaine.

«Globalement, la baisse d’activité entre 2008 et 2010 a été de 30%, contre seulement 15% pour NetJets Europe», rappelle Clément Lauriot-Prévost, dont la compagnie concentre à elle seule 50 000 vols sur le continent, soit trois fois plus que ses quatre concurrents directs réunis. Et ce dernier de nuancer: «Je dirais que la branche, dans son ensemble, a récupéré à 80% ses chiffres d’il y a dix ans.»

Marché de l’occasion affaibli

Les constructeurs de jets privés, dont les livraisons sont passées du pic de 1317 appareils en 2008 à 718 en 2015, restent plus que jamais prudents dans le lancement de nouveaux avions. Lors de la dernière convention annuelle de la National Business Aviation Association (NBAA), l’un des plus importants rendez-vous mondiaux du secteur qui s’est tenu fin 2016 aux Etats-Unis, nombre d’acteurs ont déploré l’intense guerre des prix que se livrent certains acteurs pour continuer de placer leurs appareils. Leur problème: des réductions à la vente qui peuvent atteindre 25%.

Une perte de vitesse à laquelle s’ajoute la baisse spectaculaire de la valeur résiduelle de certains appareils. Aujourd’hui, un jet de seconde main (5 ans d’âge) peut en effet perdre plus de 45% de son tarif d’origine, contre habituellement 20%. Difficile dans ces conditions d’imaginer une accélération des acquisitions d’avions neufs dans une logique de remplacement, commente le site spécialisé journal-aviation.com, qui table sur une baisse des livraisons de 6% ces prochains mois.

2017, année des fusions

A en croire la plate-forme de réservation en ligne PrivateFly, l’année 2017 sera notamment celle des fusions. A l’instar des derniers mariages entre Gama Aviation et Hangar8, LEA et Luxaviation – puis avec ExecuJet –, Wijet et Blink, ou encore plus récemment avec Signature et Landmark. Le marché européen qui, avec l’Amérique du Nord, concentre 80% de la flotte mondiale de jets d’affaires, serait encore trop fragmenté. Il dénombrerait 1500 opérateurs, dont plus de 90% posséderaient moins de 10 appareils.

Gabarits moyens boudés

Autre phénomène observé: si les fabricants d’avions produisent donc de moins en moins d’unités, les achats se concentrent dans les catégories extrêmes de jets privés. Avec d’un côté des petits jets (très légers et turbopropulseurs). Et de l’autre des avions de ligne reconvertis en aéronefs VIP, dont la popularité est appelée à se renforcer en 2017, selon PrivateFly.

Qu’en est-il des turbulences politiques, comme le Brexit, l’élection de Donald Trump et celle d’Emmanuel Macron? «Concernant la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, nous n’avons pas encore ressenti d’effets négatifs. Par rapport aux Etats-Unis, il est encore trop tôt pour s’avancer. Tandis que pour la France, nous sommes passés de l’attentisme du marché lors de la campagne présidentielle à un redémarrage teinté d’espoir ces dix derniers jours», conclut Clément Lauriot-Prévost.

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