matières premières

En valeur, la Suisse exporte quatre fois plus de café que de fromage

Les exportations de produits torréfiés ont sextuplé depuis 2005. Nespresso et Nescafé tirent le commerce extérieur vers le haut

Suisse Tourisme devra peut-être revoir un jour les images qu’elle utilise pour promouvoir le pays. C’est que les clichés d’un pays de fromage et de chocolat vacillent quelque peu. Quelle est, en effet, l’une des denrées que la Suisse exporte avec le plus de succès dans le monde entier? Le café. Et les deux anciens piliers, du moins symboliques, arrivent loin derrière. Rien qu’en juillet, la Suisse a exporté pour 185 millions de francs de café, selon les statistiques de l’Administration fédérale des douanes (AFD). C’est une hausse de 32% par rapport au même mois de 2012, contre seulement 4,2% pour les autres biens. Depuis le début de l’année, ces exportations ont augmenté d’un quart en valeur. L’an dernier, la Suisse a envoyé à l’étranger pour 1,9 milliard de francs de café et autres boissons caféinées (+6,4%).

Quid des produits emblématiques du pays? La Suisse, sur les six premiers mois de l’année, a exporté quatre fois plus de café que de fromage (pour 1,27 milliard de francs, contre 306 millions). C’est aussi plus de trois fois davantage que les plaques de chocolat et autres pralinés (405 millions). Ou encore près de deux fois plus que les machines textiles (670 millions). «C’est une tendance que nous observons depuis plusieurs années. Elle se renforce même», selon Frédéric Demagistri, de la section statistique de l’AFD. En 2005, on ne comptabilisait ainsi que 300 millions de francs d’exportations de café torréfié. Elles ont plus que sextuplé depuis.

Comment expliquer cette mue alors qu’aucun pâturage helvétique n’est bien sûr couvert de plantations de café? Ce pourrait être le double effet George Clooney. Quoi d’autre, sinon? Plus sérieusement, cette explosion caféinée provient avant tout de la progression des exportations de capsules Nespresso. L’entier de la production de ces dosettes a lieu en Suisse. Le marché suisse en absorbe certes une petite part mais l’essentiel est exporté. «Nespresso représente certainement la très large majorité des exportations», estime Marc Bloch, directeur de l’entreprise La Semeuse. Impossible d’en connaître le chiffre précis, la filiale de Nestlé ne communiquant pas à ce propos. A cela s’ajoute aussi une portion très importante de la production de Nescafé, depuis son usine d’Orbe. «En principe, 91% seront exportés cette année», témoigne Philippe Oertlé, porte-parole de Nestlé Suisse. Par contre, point de Dolce Gusto dans la catégorie café des statistiques de l’AFD. Nestlé ne produit pas ce type de capsules en Suisse. La multinationale n’en tire pas moins fortement à la hausse le commerce extérieur suisse.

Outre ce mastodonte de la torréfaction, il existe aussi une pléiade de petits indépendants. Une trentaine, selon Marc Bloch. «Mais à eux seuls, ils ne doivent peser qu’environ 50 millions de francs d’exportations par année, nous compris», analyse le patron de La Semeuse. A quoi il faut encore ajouter les exportations d’un autre acteur, Chicco d’Oro au Tessin. Par contre, les transactions des courtiers en matières premières, très présents dans l’Arc lémanique, ne sont pas comptabilisées par l’AFD, la matière première ne transitant pas par la Suisse, selon Frédéric Demagistri. Sur la lancée du succès du petit noir en dosettes, les machines à café «Swiss made» cartonnent aussi à l’étranger. Entre 1998 et 2008, leurs exportations ont triplé en pièces et quintuplé en valeur, selon une enquête de l’AFD. Rien qu’en 2008 (dernières données publiées), 1,9 million de pièces ont été vendues à l’étranger, pour une valeur de 483 millions de francs.

Dans les chiffres globaux des exportations, la part du café va en outre encore augmenter à terme. Nestlé est en effet en train de construire sa troisième usine Nespresso, à Romont. Et comme «les besoins suisses sont déjà couverts par les autres sites [ndlr: Avenches et Orbe]» d’après Philippe Oertlé, il est fort probable que l’entier de sa production sera expédié à l’étranger. Avec une surface au sol de 30 455 m2 (dans sa 2e phase), la nouvelle fabrique devrait produire plusieurs milliards de capsules par an.

«La trentaine d’indépendants du pays ne doit peser qu’environ 50 millions de francs exportations»

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