Septante-six pour cent! S'il fallait résumer avec un seul chiffre la raison pour laquelle le groupe bancaire bernois Valiant Holding a décidé de fusionner ses cinq établissements régionaux en une seule entité, la Valiant Bank, ce serait celui-là. Cette proportion est celle des revenus générés en 1998 par leurs seules affaires d'intérêt. Or, dans le contexte du processus actuel de globalisation des affaires bancaires et en fonction du faible niveau des taux, les petites banques membres de Valiant Holding ont de plus en plus de mal à attirer l'épargne de la clientèle pour refinancer ces affaires. En les réunissant juridiquement et structurellement sans licencier un seul des 715 employés, la Valiant Bank présentera un total du bilan d'environ 10 milliards de francs (valeur fin 1999) qui lui permettra donc d'aller faire la roue sur les marchés des capitaux internationaux. Et d'y obtenir de meilleures conditions.

En présentant jeudi à Berne cette décision, le président du conseil d'administration de Valiant Holding, Roland von Büren, n'a pas voulu aller chercher plus avant dans les explications à ce mouvement stratégique majeur dans le monde des banques régionales suisses. Face à ces dernières, qui sont regroupées au sein de RBA Holding, la structure bernoise est un géant: à elle seule, elle représente 20% du total des bilans des 93 établissements de RBA Holding. Sous la houlette de Valiant Holding qui n'a pas le statut d'une banque, on en trouvera donc deux dès le 1er janvier 2001. D'une part, Valiant Private Bank qui gère entre 8 et 9 milliards d'actifs et développe le métier spécifique de la gestion privée. D'autre part, Valiant Bank qui transformera la Caisse d'Epargne et de Prêts de Berne, la Gewerbekasse in Bern, la BB Bank Belp, la Bank in Langnau et la Caisse d'Epargne de Morat en autant de pôles régionaux dans sa nouvelle structure. Cette entité sera vouée à une clientèle de détail régionale et locale qui représente 250 000 comptes.

Cet ancrage régional, notamment parce qu'il permet une réelle proximité avec la clientèle, est la grande force de Valiant Bank. Il lui permet ainsi, avec la structure de refinancement qu'elle a, de dégager encore une marge d'intérêt confortable de 1,8%. Pourtant, le rapport revenus/coûts de 47% reste trop élevé selon Roland von Büren. L'objectif du groupe bernois est de le ramener à 40%. C'est-à-dire d'abaisser les coûts d'environ 10 millions par an à en croire une récente étude consacrée à cette banque par l'analyste Thomas Kalbermatten de ABN Amro. Ce montant est précisément celui des économies que la fusion des cinq banques régionales dans Valiant Bank devrait entraîner, selon le président de sa direction générale Kurt Streit. Elles viendront notamment de ce qu'il ne faudra plus, dans la nouvelle configuration, diriger les cinq banques comme autant d'entités séparées selon la loi sur les banques. Ce mouvement, intéressant pour la clientèle qui pourra désormais opérer sur tout le Mittelland bernois depuis chaque ancienne banque régionale transformée en succursale d'une seule entité, le sera aussi pour les 25 000 actionnaires de Valiant Holding.

Un titre sous estimé

«Les économies devraient en effet permettre d'améliorer notre résultat de 40%», indique Kurt Streit. Or, Valiant Holding dégage actuellement une rentabilité des fonds propres d'environ 9% à fin 1999. Selon Kurt Streit, c'est déjà très bon dans une perspective purement nationale. Mais Valiant Bank, en permettant un accès direct aux marchés internationaux des capitaux à de meilleures conditions de refinancement qu'aujourd'hui, en faisant baisser les coûts et en stimulant les synergies entre les anciennes banques régionales, donnera sans doute un coup de fouet à ce ratio. Or, selon l'étude de Thomas Kalbermatten, le titre Valiant Holding soufre d'une décote d'environ 25%. Il représente pourtant «la qualité d'un groupe qui a une stratégie convaincante».

Trois ans après la création de cette entité bancaire bernoise, ce «pas logique et mûrement réfléchi» que les responsables de Valiant Holding viennent d'annoncer va être vécu comme un nouvel électrochoc dans le monde des banques régionales suisses. Il va en effet dans le sens d'un renforcement de la qualité du service et, en répondant à l'affirmation de Roland von Büren selon laquelle «Valiant Holding est une force économique avec laquelle il faut compter dans le Mittelland bernois», il donne un signe aux autres banques régionales.