Dans ce modeste bâtiment, chargé d’histoire, et dont les contours laissent peu de doute quant à sa fonction première – la production horlogère du début du XXe siècle –, le passé rencontre désormais le futur, la mécanique le multimédia. Sans complexe.

Après huit mois de travaux, 1,4 million de francs d’investissement – 20% publics et 80% privés –, l’Espace horloger (EHVJ), au Sentier, à la vallée de Joux, a rouvert ses portes au public vendredi.

Depuis 1996 déjà, le bâtiment abritait le premier musée horloger du canton de Vaud. Mais au fil des ans, l’endroit était tombé en «désuétude», dixit Charles-Louis Rochat. Après s’être tourné vers la Fondation Paul-Edouard Piguet, qui accepte d’emblée de financer une étude de projet, le président de la Fondation de l’EHVJ accélère le processus. Fin octobre 2011, la transformation débute. Les 500 m2 sont repensés et débouchent sur un musée de deux étages dans lequel les détails techniques et historiques des garde-temps sont déclinés sur des écrans tactiles.

Au 2e, des collections de pièces locales et internationales, et des iPad. Mais aussi, une salle de projection dans laquelle tourne en boucle, et en 3D, «un film de douze minutes qui condense 250 ans d’horlogerie dans la région», décrit Charles-Louis Rochat. Mais c’est au premier étage que se situe la particularité du lieu, celle grâce à laquelle les concepteurs veulent «se différencier des autres musées privés ou publics».

Susciter des vocations

L’espace est futuriste, d’un blanc immaculé. Il abrite trois grandes tables numériques et interactives dernier cri. L’idée: faire découvrir les savoir-faire nécessaires à la conception d’une montre. Du micromécanicien au sertisseur, en passant par l’opérateur en horlogerie, 24 métiers y sont représentés, expliqués et illustrés. Les responsables ne s’en cachent pas: le musée vise, pourquoi pas, à susciter des vocations. Ce, alors que le manque de mains-d’œuvre se fait cruellement sentir dans une industrie en pleine croissance et, qui plus est, doit peu à peu s’émanciper de la production de mouvements «made in Swatch Group».

7000 visiteurs et les Chinois

Chacun des descriptifs de métiers peut être envoyé par mail, ou téléchargé sur un support mobile. Il est aussi possible de monter (virtuellement) une montre, étape par étape. Enfin, tout à côté, et toujours dans un esprit de promotion de la formation, des élèves de l’Ecole technique de la vallée de Joux se relayeront à la tâche, à la vue des visiteurs. Leurs gestes seront filmés par deux microcaméras.

Les objectifs? 7000 visiteurs l’an, soit le double de la fréquentation d’antan, histoire de trouver un équilibre financier. Georges-Henri Meylan, le président de la Fondation Paul-Edouard Piguet, donne trois ans au musée pour être autonome.

D’ici là, l’affluence aura peut-être changé. L’office du tourisme local espère faire dévier les visiteurs chinois de leur traditionnel parcours Genève-Interlaken-Lucerne-Zurich. Pour l’heure, les explicatifs ne sont rédigés qu’en français, allemand et anglais. Mais des guides parlant russe, chinois et japonais sont en cours de formation…