Les échanges hors bourse indiquaient que l’action de Snap, l’éditeur du réseau social Snapchat, allait s’effondrer de plus de 20%. C’est finalement une chute de 22%, à 17,8 dollars, qu’a encaissée le titre de la société, jeudi à l’ouverture de Wall Street. La société basée à Los Angeles, en Californie, a subi ainsi la baisse la plus importante de sa valorisation depuis son entrée en bourse le 2 mars dernier. Introduite à 17 dollars, l’action s’était immédiatement envolée à 24 dollars. Désormais, la valeur du titre est quasiment la même que lors du premier jour de cotation. Malgré cette chute, la capitalisation de Snap demeure aujourd’hui juste au-dessus des 20 milliards de dollars. Pour mémoire, Snapchat est une application pour smartphone, prisée par les adolescents, permettant entre autres de s’envoyer photos et petits films éphémères, tout en y ajoutant des filtres et des autocollants virtuels.

Publiés par la société dans la nuit de mercredi à jeudi, les premiers résultats trimestriels ont déçu les investisseurs. Pour les trois premiers mois de 2017, le chiffre d’affaires, généré avant tout via la publicité, a atteint 149,6 millions de dollars: une multiplication par quatre par rapport à une année auparavant, mais 8 millions de moins au regard des attentes des analystes. La perte, de 2,2 milliards de dollars, est à relativiser: elle est due, pour environ 2 milliards, à des versements effectués pour les dirigeants de Snap. 

Ainsi, Evan Spiegel, directeur et cofondateur, a reçu 750 millions de dollars lors de l’entrée en bourse. Avec Bobby Murphy, cofondateur du réseau, Evan Spiegel détient environ 45% du capital de Snap et 70% des droits de vote.

Facebook copie sans cesse

Snap, qui devrait demeurer déficitaire jusqu’à fin 2018, continue à gagner des utilisateurs, mais à un rythme moins soutenu. Ils sont désormais 166 millions à ouvrir au moins une fois par jour l’application, soit une progression de 5% par rapport au trimestre précédent. Sur les trois derniers trimestres, la croissance en rythme annuel n’a cessé de baisser: 36,1% début 2017, suivant les 47,7% et les 62,8% des deux trimestres précédents.

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 «La croissance [par rapport au trimestre précédent] n’est plus qu’à un chiffre: nous nous attendions certes à une baisse de l’adoption de Snapchat, mais pas si rapidement. La concurrence a un impact», note une analyste de la société de recherche eMarketer. Cette concurrence, c’est avant tout Facebook. Le plus grand réseau social au monde (1,94 milliard d’utilisateurs) n’a eu de cesse de copier Snapchat, via Messenger, via sa filiale WhatsApp ou encore via Instagram: en moins d’un an, ce dernier a convaincu 200 millions de ses utilisateurs d’employer le service Stories, soit des messages éphémères.

Trente minutes par jour

Face aux copies lancées en permanence par Facebook, Snap met en avant la fidélité de ses utilisateurs. Le nombre de messages «snaps» créés chaque jour a augmenté de 20% par rapport au trimestre précédent, pour atteindre les trois milliards en trois mois. En moyenne, chaque utilisateur passe désormais 30 minutes par jour sur Snapchat. Mais le réseau social ne tient pas la comparaison avec Facebook lorsque l’on observe le chiffre d’affaires généré par chaque abonné: il est de 4,32 dollars chez Facebook et de 90 cents chez Snap. Dans une note, la banque Citi se montre cependant positive: «Nous continuons à voir le faible taux de monétisation et le haut niveau d’utilisation comme des facteurs pouvant permettre d’augmenter les marges et le chiffre d’affaires sur le long terme. Nous conseillons toujours l’action à l’achat, mais réduisons notre objectif de cours de 27 à 24 dollars.»

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