Préserver, voire augmenter, le pouvoir d’achat des Suisses: c’est l’un des remèdes préconisés par Unia pour limiter l’impact économique de la pandémie de covid. Pour Vania Alleva, présidente du syndicat, la population suisse a, en consommant, contribué à soutenir la conjoncture. Pour cette raison, elle plaide pour une indemnisation à 100% des personnes qui bénéficient des RHT (réduction de l’horaire de travail) et aimerait aussi voir les caisses maladie délier les cordons de leur bourse.

Le Temps: Il y a sept mois, lorsque la Suisse s’est confinée, vous ne cachiez pas votre inquiétude pour les travailleurs et les travailleuses. Quel est aujourd’hui votre état d’esprit?

Vania Alleva: Mon état d’esprit importe peu. Au centre de l’intérêt devrait être la pandémie et les mesures appropriées pour la combattre. A ce titre il faut qu’il y ait des actions et des décisions qui protègent la santé des gens. Je suis donc contente que le Conseil fédéral soit intervenu, mais il ne faut pas croire que les choses sont réglées.

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Est-ce que l’intervention mesurée du Conseil fédéral pourrait permettre de trouver un juste milieu entre intérêts économiques et santé?

Il n’y a pas de contradiction entre les deux. C’est seulement si nous arrivons à combattre la pandémie que l’économie peut s’en sortir avec le moins de dégâts possible. Sinon, les coûts – humains et économiques – vont être beaucoup plus élevés. Certes, c’est important que les gens puissent continuer à vivre et à se rendre au travail. Mais pour y arriver, nous devons appliquer les mesures de protection élaborées – aussi dans les entreprises. Et surtout il faut des contrôles, c’est une responsabilité primaire des cantons et des instances de contrôle. Nous sommes à disposition pour participer à l’effort.

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Aux yeux des organisations faîtières économiques, la Suisse ne peut pas se permettre un nouveau semi-confinement. Est-ce qu’Unia fixe la même limite?

Personne ne veut un deuxième lockdown, mais c’est la pandémie qui fixe les limites. Il faut protéger la santé et l’économie en même temps. Si pour cela, des mesures de confinement s’imposent, il faudra le faire et organiser le support économique pour le faire. Toutes les pistes de réflexion doivent être considérées. Nous ne pouvons pas nous permettre de tabous.

La deuxième vague est là. Le Conseil fédéral doit-il prendre de nouvelles mesures de soutien à l’économie?

Nous avons deux revendications précises que nous allons transmettre ce jeudi à Guy Parmelin, à l’occasion d’une table ronde organisée avec les milieux économiques. La première a trait au chômage partiel, qu’il faut élargir aux formes de travail atypiques telles que le travail temporaire ou sur appel, mais qu’il faut aussi indemniser à 100%, en tout cas pour les revenus inférieurs à 5000 francs par mois. Notre deuxième attente, c’est que les réserves des caisses maladie soient rétrocédées aux ménages. Pour les bas salaires, ces mesures sont le strict minimum. Et en même temps, le renforcement du pouvoir d’achat permet de stabiliser l’économie.

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Vous revendiquez également des augmentations de salaires dans certains secteurs. N’est-ce pas illusoire au vu des incertitudes qui prévalent?

C’est toujours le message qui est servi en temps de crise. L’augmentation des salaires est justement importante pour la stabilité économique. C’est vrai qu’il y a des branches où la situation est particulièrement tendue. Mais il y a aussi des branches qui ont fait des bénéfices. Et là, rien de plus normal que ces bénéfices soient redistribués. En plus il y a vraiment une nécessité de revaloriser les professions de la santé, mobilisées pour lutter contre la pandémie. Là, je suis convaincue que l’augmentation des salaires est impérative.

Est-ce que vous craignez que le covid ne devienne un prétexte pour des restructurations?

Dans beaucoup de grandes vagues de licenciements annoncées ces dernières semaines, la pandémie n’était pas la cause. Par exemple, dans un cas comme Manor, il est clair que c’est dû à l’essor du commerce en ligne, qui était apparu avant. Mais pour nous, la situation est encore floue. C’est pour cela que nous recommandons aux salariés d’être attentifs et de se mobiliser rapidement quand une menace apparaît.

Unia a été sur tous les fronts pendant le semi-confinement. Est-ce que cet hyper-activisme se traduit par une augmentation du nombre d'adhésions?

Ce n’est pas de l’hyper-activisme. Les gens étaient en détresse à cause de la situation économique et sociale. On a adressé cette voix des salariés. On était contactés par des milliers de personnes qui se sentaient en situation difficile; alors on a fait ce qu’on a pu. Mais cela ne se traduit pas automatiquement par une augmentation du nombre de membres.

Quelles principales leçons retenez-vous après sept mois de pandémie?

La leçon principale, c’est reconnaître l’importance de la solidarité dans la société. On voit que les pays qui n’ont pas de structures de sécurité sociale se portent mal. Le deuxième point que je retiens, c’est l’importance des professions dites essentielles, dans le domaine des soins ou de l’approvisionnement. Des professions sous-valorisées qui font un travail essentiel. Il ne faut pas l’oublier quand nous construisons le futur.